Fiche n° 1002 · Faune · Requins & raies

Raie manta

Mobula alfredi

Asie Tulamben Amed Nusa Penida Menjangan

Référence : https://silencejeplonge.fr/faune-flore/fiche/bali-faune-raie-manta/

Raie manta (Mobula alfredi)
Photo : Rickard Zerpe — CC BY 2.0 — source

Clé d'identification

  • Grande raie aplatie à deux nageoires céphaliques en cornes, bouche terminale rectangulaire, blanchâtre à gris clair.
  • Dos sombre, souvent noir bleuté, avec deux taches blanches d'épaule dont le bord avant s'incurve vers le milieu du dos.
  • Ventre blanc avec des taches noires entre les fentes branchiales, motif propre à chaque individu.
  • Queue en fouet sans épine caudale ni masse calcifiée à sa base.
  • Envergure adulte de 3 à 4 m le plus souvent, jusqu'à 5,5 m environ.

Noms

Nom usuel
Raie manta
Nom scientifique
Mobula alfredi
Autres noms
Manta des récifs · Raie manta de récif · Manta d'Alfred
Synonymes
Manta alfredi · Ceratoptera alfredi

Distribution géographique

Indo-Pacifique tropical et subtropical, de la mer Rouge et de l'Afrique de l'Est à Hawaï et à la Polynésie française. À Bali, population suivie dans l'aire marine protégée de Nusa Penida (sites Manta Point et Manta Bay).

Zones : Tulamben · Amed · Nusa Penida · Menjangan — Asie

Biotope

Récifs côtiers peu profonds (7 à 25 m) : stations de nettoyage sur fond rocheux et corallien, et baies riches en plancton où elle s'alimente.

Profondeur : 0 – 120 m

Repères pour le plongeur

À Nusa Penida, la manta des récifs fréquente toute l'année les stations de nettoyage de Manta Point, avec un pic de parades nuptiales en avril-mai. Restez au fond, en retrait de la station, sans jamais la toucher ni lui barrer la route.

Meilleure saison : Toute l'année

Biologie

Alimentation

Zooplancton filtré (petits crustacés surtout), parfois petits poissons.

Reproduction

Ovovivipare ; gestation d'environ 12 mois, en général un seul petit d'environ 1,5 m d'envergure, environ tous les deux ans.

Conservation

Vulnérable (UICN)

Vulnérable (VU) sur la Liste rouge de l'UICN, évaluation de 2018 ; annexe II de la CITES depuis 2013 ; protégée dans toute la zone économique exclusive indonésienne depuis 2014.

Espèces ressemblantes

  • Manta géante (Mobula birostris) : taches d'épaule qui ne se rejoignent pas et dont le bord avant reste parallèle à la bouche, ventre sans taches noires entre les fentes branchiales, petite épine caudale.
  • Diables de mer (autres Mobula) : nettement plus petits, bouche placée sous la tête et non à l'avant.

Classification

Règne
Animal
Groupe
Requins & raies

Identification

La manta des récifs (Mobula alfredi, anciennement Manta alfredi) est une raie géante au disque environ 2,2 à 2,4 fois plus large que long. Les adultes mesurent le plus souvent 3 à 4 m d’envergure et peuvent approcher 5,5 m. Deux nageoires céphaliques encadrent une bouche terminale, large et rectangulaire, blanchâtre à gris clair.

Le dos est sombre, souvent noir bleuté, marqué de deux taches blanches sur les « épaules ». Chez cette espèce, le bord avant de ces taches s’incurve vers le milieu du dos, où les deux taches peuvent presque se rejoindre. Le ventre est blanc, avec des taches noires entre les fentes branchiales. Ce motif ventral est unique à chaque individu : c’est lui que les chercheurs photographient pour reconnaître les raies une à une.

Le critère décisif face à la manta géante (Mobula birostris) tient en trois points. Chez la manta géante, les taches d’épaule ne se rejoignent pas et leur bord avant reste parallèle à la bouche. Son ventre n’a pas de taches noires entre les fentes branchiales. Elle porte une petite épine caudale à la base de la queue, absente chez la manta des récifs. Les diables de mer (autres Mobula) sont bien plus petits et ont la bouche sous la tête.

Où et quand l’observer à Nusa Penida

À Bali, la population la mieux documentée vit dans l’aire marine protégée de Nusa Penida, créée en 2010. Une étude de photo-identification menée de 2012 à 2018 y a recensé 624 individus sur deux sites, Manta Point et Manta Bay. Ces deux récifs se plongent entre 7 et 25 m, et les raies y sont vues toute l’année.

Les deux sites n’ont pas le même rôle. Manta Point sert surtout au nettoyage (près de 60 % des observations) et aux parades nuptiales. Manta Bay est d’abord un lieu d’alimentation, fréquenté par beaucoup de jeunes mâles. Les chercheurs y voient une possible nourricerie. À Manta Point, les observations doublent environ en mai, et les parades culminent en avril-mai. La mousson de nord-ouest, en décembre-janvier, rend souvent l’accès difficile.

Biologie et comportement

La manta des récifs filtre le zooplancton, surtout de petits crustacés, et parfois de petits poissons. Ses nageoires céphaliques déroulées canalisent l’eau vers la bouche.

Sur une station de nettoyage, elle plane au-dessus d’un massif pendant que des labres nettoyeurs (Labroides dimidiatus) retirent ses parasites. Elle écarte alors ses fentes branchiales pour leur faciliter l’accès. La reproduction est lente : maturité vers 6 ans chez le mâle, plus tard chez la femelle, gestation d’environ 12 mois et un seul petit d’environ 1,5 m, en général tous les deux ans. L’accouplement, bref, suit une poursuite de la femelle par le mâle, faite de spirales et de boucles.

Statut et protection

L’espèce est classée Vulnérable (VU) sur la Liste rouge de l’UICN depuis 2011, statut confirmé en 2018. Toutes les anciennes Manta figurent à l’annexe II de la CITES depuis juin 2013. En Indonésie, un décret ministériel de 2014 protège les deux espèces de manta dans toute la zone économique exclusive. À Nusa Penida, la pêche est interdite sur les deux sites. Environ 14 % des raies identifiées portaient pourtant une blessure ou un enchevêtrement de fil de pêche. Le nombre de bateaux à Manta Point a plus que doublé entre 2012 et 2017, et les codes de conduite y restent volontaires.

Bien l’observer et la photographier

À Manta Point, placez-vous au fond, à côté de la station et jamais au-dessus. Laissez la raie venir à vous. Ne lui coupez pas la route, ne la poursuivez pas, ne la touchez pas. Gardez une flottabilité neutre au-dessus du récif où travaillent les nettoyeurs. Pendant les parades, ne vous interposez pas entre la femelle et les mâles.

Pour l’identification, la meilleure image est celle du ventre, prise par-dessous quand la raie passe au-dessus de vous, sans flash puissant. Un cliché net du motif ventral, daté et localisé, peut servir aux programmes de photo-identification.

Sources