Fiche n° 1048 · Flore · Éponges & tuniciers

Spongiaire encroutant

Cliona spp.

Asie Tulamben

Référence : https://silencejeplonge.fr/faune-flore/fiche/bali-flore-spongiaire-encroutant/

Spongiaire encroutant (Cliona spp.)
Photo : Philippe Bourjon — CC BY-SA 4.0 — source

Clé d'identification

  • Plaque plate et rase, sans relief propre, qui épouse le corail ou la roche calcaire au lieu de se dresser au-dessus.
  • Teinte brune à brun foncé chez Cliona orientalis, l'espèce la plus visible de l'Indo-Pacifique, due à ses microalgues symbiotiques.
  • Petites ouvertures (oscules) percées dans la surface, ouvertes quand l'éponge filtre.
  • Bordure qui avance sur un corail massif, par exemple un Porites, dont le squelette est creusé.
  • Éponge blanchie : la plaque passe du brun foncé au jaune pâle après un coup de chaleur.

Noms

Nom usuel
Spongiaire encroutant
Nom scientifique
Cliona spp.
Autres noms
Éponge perforante · Éponge foreuse

Distribution géographique

Genre présent dans toutes les mers. Cliona orientalis occupe l'Indo-Pacifique tropical, de l'Afrique de l'Est au Pacifique occidental. En Indonésie, GBIF recense C. orientalis aux Moluques, en Papouasie occidentale, au nord de Sulawesi et dans l'archipel de Spermonde, et un spécimen de Cliona récolté à Bali à 6 m de profondeur (Naturalis, 2001).

Zones : Tulamben — Asie

Biotope

Substrats calcaires : coraux massifs vivants ou morts, roche corallienne, coquilles de mollusques. Sur la Grande Barrière, plus fréquente sur les récifs exposés, peu chargés en sédiments fins.

Profondeur : 0 – 100 m

Repères pour le plongeur

Plaque brune et rase qui ronge le corail de l'intérieur : cherchez-la sur les coraux massifs, à la frontière entre l'éponge et le corail encore vivant. Ne la touchez pas et gardez vos palmes loin du récif.

Meilleure saison : Toute l'année

Biologie

Alimentation

Filtreur. Cliona orientalis abrite aussi des microalgues symbiotiques (Symbiodinium) dont la photosynthèse soutient sa croissance, et absorbe des sucres dissous dans l'eau.

Reproduction

Hermaphrodite. Le sperme est relâché dans l'eau et capté par une autre éponge ; les embryons sont incubés puis libérés par les oscules sous forme de larves parenchymella, qui nagent avant de se fixer.

Conservation

Non évalué (UICN)

Non évaluée (NE) : Cliona orientalis figure comme « Not Evaluated » sur la liste rouge de l'UICN (version 2025-2, d'après SeaLifeBase). Elle supporte mal la chaleur : blanchiment à 32 °C en laboratoire.

Espèces ressemblantes

  • Éponge (Callyspongia spp.) : éponge qui se dresse au-dessus du fond, alors que Cliona vit creusée dans le calcaire et n'en dépasse qu'en fine plaque.
  • Éponge Carteri (Carteriospongia foliascens) : posée sur le fond ; Cliona, elle, fait corps avec le corail qu'elle perfore.

Classification

Règne
Végétal / algue
Groupe
Éponges & tuniciers

Identification

Malgré son classement parmi la « flore » du site, le spongiaire encroûtant est un animal : une éponge du genre Cliona (famille des Clionaidae), qui compte environ quatre-vingts espèces décrites. Ce qui le distingue des autres éponges, c’est qu’il vit dans le calcaire. Il creuse le squelette des coraux, la roche corallienne ou les coquilles, et n’en laisse dépasser qu’une plaque rase.

Dans l’Indo-Pacifique, l’espèce la plus visible est Cliona orientalis. Les études menées sur la Grande Barrière de corail la décrivent sous sa forme encroûtante, dite « bêta » : une surface brune à brun foncé, plate, percée de petits oscules par lesquels l’eau ressort. Cette couleur vient des microalgues qu’elle héberge. Lorsqu’elle blanchit, la plaque devient jaune pâle.

Le critère décisif reste la position. Une éponge dressée, en tube ou en lame, se pose sur le fond, alors que Cliona fait corps avec le corail. Une plaque brune qui progresse sur un corail massif est un bon indice. L’identification à l’espèce demande l’examen des spicules au microscope : sur le terrain, on s’en tient au genre.

Où et quand l’observer à Bali

Les données publiées sur Bali sont minces. GBIF recense un spécimen de Cliona récolté à Bali en 2001, à 6 m de profondeur, conservé au muséum Naturalis, sans localité plus précise. Ailleurs en Indonésie, C. orientalis est signalée aux Moluques, en Papouasie occidentale, au nord de Sulawesi et dans l’archipel de Spermonde, où vivent aussi C. thomasi et C. utricularis.

SeaLifeBase donne pour C. orientalis une profondeur de 0 à 100 m. Les études de terrain l’ont surtout suivie entre 2 et 5 m. Sur la Grande Barrière, elle se fait plus rare là où les sédiments fins abondent : elle préfère les récifs exposés. Aucune saison particulière n’est documentée : l’éponge est fixe et visible toute l’année.

Biologie et comportement

Cliona attaque le calcaire de deux façons : elle abaisse le pH au contact du substrat pour le dissoudre, puis en détache de minuscules copeaux. Elle pénètre ainsi de quelques millimètres à quelques centimètres dans le corail, et certaines espèces envahissent rapidement le tissu vivant voisin. C. orientalis s’attaque notamment aux Porites, aux Goniopora et au bénitier Tridacna squamosa. Ce travail de sape fragilise la charpente du récif.

Elle filtre l’eau, mais la photosynthèse de ses microalgues symbiotiques (Symbiodinium) soutient sa croissance et son pouvoir d’érosion. Elle est hermaphrodite : les embryons, d’abord incubés, sortent par les oscules sous forme de larves qui nagent avant de se fixer.

Statut et protection

Le genre n’a pas d’évaluation UICN, et C. orientalis est « Non évaluée » (NE) sur la liste rouge, version 2025-2, d’après SeaLifeBase. Elle supporte mal la chaleur : en laboratoire, plus de la moitié des fragments ont blanchi en trois à cinq jours à 32 °C, avec peu de récupération ensuite.

Bien l’observer et la photographier

Regardez la frontière entre l’éponge brune et le corail encore coloré : c’est là que se joue la compétition. Un objectif macro montre les oscules ouverts. Éclairez de biais pour faire ressortir le relief de la plaque. Ne posez ni main ni palme sur ces coraux déjà fragilisés : un squelette creusé casse facilement.

Sources