Fiche n° 1127 · Flore · Cnidaires (coraux & anémones)

Gorgone rouge

Paramuricea clavata

Europe Méditerranée Corse

Référence : https://silencejeplonge.fr/faune-flore/fiche/france-flore-gorgone-rouge/

Gorgone rouge (Paramuricea clavata)
Photo : FredD — CC BY-SA 4.0 — source

Clé d'identification

  • Grande colonie en éventail de 30 à 100 cm de haut, à peu près aussi large que haute, fixée par une base élargie.
  • Tissu le plus souvent pourpre ; extrémités des branches souvent jaunes, colonies bicolores courantes, plus rarement entièrement jaunes.
  • Branches courtes et épaisses, de section ronde (environ 6 mm), qui se divisent par deux dans un plan à peu près unique.
  • Grands polypes d'environ 8 mm, à huit tentacules pennés, répartis régulièrement sur toutes les branches.
  • Calices bas et tuberculés, de la même couleur que les branches.

Noms

Nom usuel
Gorgone rouge
Nom scientifique
Paramuricea clavata
Autres noms
Gorgone pourpre · Gorgone caméléon · Gorgone multicolore
Synonymes
Gorgonia clavata · Paramuricea chamaeleon · Muricea chamaeleon · Clematissa chamaeleon

Distribution géographique

Méditerranée occidentale, où elle est très abondante, absente de la Méditerranée orientale ; en Atlantique, seulement près de Gibraltar, au Portugal et au Maroc. En France : côtes méditerranéennes et Corse, pas en Bretagne ni en Manche.

Zones : Méditerranée · Corse — Europe

Biotope

Fonds rocheux ombragés de 7 à 110 m, surtout 15 à 40 m : tombants exposés au nord, surplombs, entrées de grottes et parois verticales du coralligène, souvent en peuplements denses orientés face au courant.

Profondeur : 7 – 110 m

Repères pour le plongeur

Grande gorgone pourpre et jaune des tombants coralligènes de Méditerranée, entre 7 et 110 m. Colonie fragile à croissance lente : un coup de palme ou une ancre peut la blesser durablement.

Meilleure saison : Toute l'année

Biologie

Alimentation

Suspensivore : les polypes capturent les particules organiques, vivantes ou mortes, apportées par le courant ; la nourriture captée par quelques polypes profite à toute la colonie.

Reproduction

Sexes séparés (colonies mâles ou femelles). Les mâles libèrent leurs gamètes, la fécondation a lieu chez la femelle, et des larves planula de 2 à 3 mm sont libérées en juin-juillet, parfois en août. Croissance de 1 à 5 cm par an ; longévité probablement supérieure à 25 ans.

Conservation

Non évalué (UICN)

Non évaluée à l'échelle mondiale (NE, selon GBIF). Classée Vulnérable (VU) sur la liste rouge régionale de Méditerranée de l'UICN en 2015 (Kipson et al., selon Wikipédia). Victime de mortalités massives liées aux vagues de chaleur marines : mer Ligure en 1999, golfes de Gênes et de Naples en 2003, îles Medes en 2022. Les mouillages, les filets et les coups de palmes causent aussi des dégâts irréversibles.

Espèces ressemblantes

  • Corail rouge (Corallium rubrum) : colonies beaucoup moins ramifiées, polypes blanc translucide ; seules les jeunes gorgones pourpres prêtent à confusion.
  • Gorgone jaune (Eunicella cavolini) : colonies plus petites, branches plus grêles, polypes blancs à jaunâtres posés sur des bosses bien visibles.
  • Gorgone blanche (Eunicella singularis) recouverte d'alcyon encroûtant (Alcyonium coralloides) : surface plus irrégulière, polypes plus clairs que le tissu qui les entoure.

Classification

Règne
Végétal / algue
Groupe
Cnidaires (coraux & anémones)

Identification

Malgré son rangement parmi la « flore » du site, la gorgone rouge est un animal : une colonie de plusieurs milliers de polypes, de la classe des octocoralliaires. DORIS la nomme d’ailleurs gorgone pourpre. C’est la plus imposante des gorgones que l’on croise en plongée en Méditerranée française : 30 à 100 cm de haut, presque autant de large, jusqu’à environ 1 m d’envergure pour les plus grandes.

Le tissu qui recouvre son squelette est le plus souvent pourpre. Les extrémités des branches virent fréquemment au jaune, si bien que les colonies bicolores sont courantes. L’éventail se développe à peu près dans un seul plan, souvent de façon irrégulière, à partir d’une base élargie. Les branches sont courtes, épaisses (environ 6 mm), rondes, et se divisent par deux.

Le critère décisif reste les polypes : très grands, autour de 8 mm, avec huit tentacules pennés, répartis régulièrement sur toutes les branches. La gorgone jaune (Eunicella cavolini) forme des colonies plus petites, aux branches plus grêles, avec des polypes blanchâtres sur des bosses marquées. Le corail rouge, beaucoup moins ramifié, porte des polypes blanc translucide. Une gorgone blanche couverte d’alcyon encroûtant peut aussi tromper : sa surface est alors plus irrégulière.

Où et quand l’observer en France

L’espèce est très abondante en Méditerranée occidentale et absente du bassin oriental. En Atlantique, DORIS ne la signale que près de Gibraltar, au Portugal et au Maroc : vous ne la verrez ni en Bretagne ni en Manche. En France, les observations enregistrées sur GBIF se concentrent sur les côtes méditerranéennes, et la Corse en totalise une large part.

Elle vit de 7 à 110 m, le plus souvent entre 15 et 40 m. Elle aime l’ombre : tombants orientés au nord, dessous de surplombs, entrées de grottes et parois verticales du coralligène, où elle forme des peuplements denses aux côtés de la gorgone blanche et de la gorgone jaune. Fixée, elle s’observe toute l’année.

Biologie et comportement

La gorgone rouge se nourrit de particules en suspension, vivantes ou mortes. Ses éventails sont orientés perpendiculairement au courant pour mieux les filtrer, et la nourriture captée par quelques polypes circule dans toute la colonie. Les sexes sont séparés. Les mâles libèrent leurs gamètes en pleine eau, la fécondation se fait chez la femelle, puis des larves de 2 à 3 mm sont émises en juin-juillet, parfois en août.

La croissance est lente : 1 à 5 cm par an. Les grandes colonies ont autour de 15 ans, et la longévité dépasse probablement 25 ans. Le nudibranche Marionia blainvillea s’en nourrit.

Statut et protection

Sur GBIF, l’espèce figure comme non évaluée (NE) à l’échelle mondiale. La liste rouge régionale de Méditerranée de l’UICN l’a classée Vulnérable en 2015, d’après Wikipédia, qui cite l’évaluation de Kipson et ses collègues. La menace principale est le réchauffement. En 1999, 60 à 100 % des colonies ont été touchées en mer Ligure. En 2003, environ 80 % l’ont été dans les golfes de Gênes et de Naples. Aux îles Medes, en Catalogne, la vague de chaleur de 2022 a touché environ 68 % des colonies suivies, surtout dans les trente premiers mètres. Mouillages et filets causent aussi des dégâts irréversibles.

Bien l’observer et la photographier

À raison de quelques centimètres par an, une colonie de 1 m a une quinzaine d’années. Stabilisez-vous à distance du tombant avant de cadrer, ne vous accrochez jamais à ses branches et surveillez vos palmes dans les surplombs. Un grand-angle permet de montrer l’éventail entier sur la paroi ; une macro sur les polypes ouverts révèle les huit tentacules pennés. Si vous voyez des branches dénudées ou couvertes d’algues, notez le site et la profondeur : ces traces de mortalité intéressent les suivis scientifiques.

Sources