Fiche n° 1128 · Flore · Cnidaires (coraux & anémones)
Gorgone blanche
Eunicella singularis
Référence : https://silencejeplonge.fr/faune-flore/fiche/france-flore-gorgone-blanche/
Clé d'identification
- Colonie de 30 à 70 cm de haut, au tissu charnu (coenenchyme) blanc pur.
- Rameaux longs, fins et souples, souvent parallèles et dressés, peu divisés, surtout ramifiés près de la base.
- Arborescence qui se développe en volume, en candélabre, et non dans un seul plan comme un éventail.
- Polypes de 3 à 5 mm, translucides, brunâtres teintés de jaune ou de vert (algues symbiotiques).
- Calices peu saillants : la surface des rameaux reste presque lisse.
- Fixée par une base élargie sur la roche, un caillou ou une coquille, souvent sur fond plat et éclairé.
Noms
- Nom usuel
- Gorgone blanche
- Nom scientifique
- Eunicella singularis
- Autres noms
- White gorgonian · Gorgonia bianca
- Synonymes
- Eunicella stricta
Distribution géographique
Espèce endémique de la Méditerranée, de la Méditerranée occidentale à l'Adriatique. En France : côtes méditerranéennes du continent et de Corse.
Zones : Méditerranée · Corse — Europe
Biotope
Fonds rocheux peu pentus, souvent ensablés ou envasés, de 7 à 60 m environ. Espèce photophile qui supporte la lumière et la sédimentation, contrairement à la plupart des gorgones.
Profondeur : 7 – 60 m
Repères pour le plongeur
Gorgone blanche en candélabre, aux polypes brunâtres, des fonds rocheux éclairés de Méditerranée entre 10 et 60 m. Elle pousse de 1 à 5 cm par an : un coup de palme peut détruire des années de croissance.
Meilleure saison : Toute l'année
Biologie
Alimentation
Suspensivore : les polypes capturent les particules organiques en suspension ; complément nutritif apporté par la photosynthèse des zooxanthelles hébergées dans ses tissus.
Reproduction
Sexes séparés, fécondation interne. Les femelles libèrent de fin juin à fin juillet des larves planulas roses de 2 à 3 mm, qui dérivent 1 à 4 semaines avant de se fixer. Maturité vers 15 ans.
Conservation
Non évalué (UICN)
Non évaluée (NE) sur la liste rouge mondiale de l'UICN, selon SeaLifeBase (version 2025-2). Croissance lente (1 à 5 cm par an) et longévité probablement supérieure à 25 ans : les colonies brisées par les ancres ou les plongeurs se reconstituent très lentement.
Espèces ressemblantes
- Gorgone verruqueuse (Eunicella verrucosa) : forme blanche possible, mais calices hauts en forme de verrues, rameaux courts et gros, éventail souvent dans un plan ; surtout atlantique et rare en Méditerranée, sous 35 m.
- Gorgone jaune (Eunicella cavolini) : tissu jaune-orangé, arborescence plane et irrégulière, polypes blancs à jaunes.
Classification
- Règne
- Végétal / algue
- Groupe
- Cnidaires (coraux & anémones)
Identification
Malgré son classement dans la rubrique « flore », la gorgone blanche est un animal. C’est une colonie de polypes, un octocoralliaire de la famille des Eunicellidae selon WoRMS. Elle mesure en général 30 à 70 cm de haut pour 10 à 30 cm de large. DORIS indique que les plus grandes colonies avoisinent 1 m.
Son tissu charnu, le coenenchyme, est d’un blanc franc. Les rameaux sont longs, fins et peu divisés. Souvent parallèles et dressés, ils donnent à la colonie une allure de candélabre. Elle se développe en volume et non dans un seul plan. Les calices sont peu apparents et la surface des branches reste presque lisse. Polypes sortis, la colonie prend une teinte brunâtre : les polypes de 3 à 5 mm sont translucides, teintés de jaune ou de vert par les algues qu’ils hébergent.
La confusion la plus fréquente se fait avec la gorgone verruqueuse (Eunicella verrucosa), dont il existe une forme blanche. Elle porte des calices hauts en forme de verrues et des rameaux courts et épais, et elle s’étale le plus souvent en éventail plat. La gorgone jaune (Eunicella cavolini), autre gorgone méditerranéenne commune, se reconnaît à son tissu jaune-orangé et à son arborescence plane.
Où et quand l’observer en France
La gorgone blanche est endémique de la Méditerranée. SeaLifeBase et DORIS ne la citent qu’en Méditerranée, de sa partie occidentale à l’Adriatique. En France, vous la trouverez donc sur les côtes méditerranéennes du continent et autour de la Corse. En Bretagne ou en Manche, une gorgone blanche est plus probablement une gorgone verruqueuse de forme blanche, espèce fréquente de l’Écosse à l’Angola selon DORIS.
Elle vit de 7 à 50 m selon SeaLifeBase, et jusqu’à 60 m selon DORIS. Son milieu diffère de celui des autres gorgones. Elle est photophile et tolère les dépôts de sédiments. Elle colonise donc des fonds rocheux peu pentus, éclairés, souvent ensablés, et peut même s’installer sur un fond meuble à partir d’un caillou ou d’une coquille. Fixée et visible toute l’année, elle ne demande aucune saison particulière.
Biologie et comportement
La colonie se nourrit des particules organiques en suspension, capturées par les polypes. La nourriture prise par quelques polypes profite à toute la colonie. Les zooxanthelles de ses tissus lui apportent un complément nutritif par photosynthèse.
Les sexes sont séparés. La fécondation a lieu dans la cavité des polypes femelles, qui libèrent de fin juin à fin juillet de petites larves roses de 2 à 3 mm. Ces larves dérivent une à quatre semaines avant de se fixer. Selon DORIS, une seule sur environ 60 000 survit à sa première année. La colonie grandit ensuite de 1 à 5 cm par an et n’est mature que vers 15 ans.
Elle sert d’habitat à toute une faune. La simnie blanche (Simnia spelta), un petit gastéropode mimétique, y pond et en broute le tissu, ce qui laisse l’axe à nu. Le nudibranche Marionia blainvillea s’en nourrit aussi.
Statut et protection
L’espèce n’est pas évaluée (NE) sur la liste rouge mondiale de l’UICN, selon SeaLifeBase qui cite la version 2025-2. Sa croissance est lente et sa longévité dépasse probablement 25 ans. Une branche cassée par une ancre, un coup de palme ou une main représente donc des années de croissance.
Bien l’observer et la photographier
Cherchez-la sur les fonds plats et clairs, au pied des tombants ou entre les blocs. Regardez au ras des rameaux : vous y trouverez peut-être la simnie blanche, presque invisible tant elle a la couleur de son support, ou des pontes.
Pour la photo, le blanc sature vite au flash. Baissez la puissance ou éloignez les éclairages, et profitez de la lumière ambiante, puisque l’espèce vit en eau éclairée. Gardez une flottabilité parfaite au-dessus d’elle : sur fond ensablé, un coup de palme soulève un nuage de sédiment et peut arracher une colonie mal ancrée. Ne la touchez pas et ne vous y accrochez pas.