Fiche n° 1242 · Flore · Algues & plantes

Sargasses

Sargassum spp.

Amérique Caraïbes Yucatán

Référence : https://silencejeplonge.fr/faune-flore/fiche/mexique-flore-sargasses/

Sargasses (Sargassum spp.)
Photo : James St. John — CC BY 2.0 — source

Clé d'identification

  • Algue brune dorée à olive foncé, qui flotte en surface en touffes ou en longs radeaux, sans aucune fixation au fond.
  • Petits flotteurs sphériques remplis de gaz (pneumatocystes) portés le long des rameaux.
  • Pseudo-feuilles (lames) allongées, disposées le long d'une tige ramifiée.
  • Tige épineuse surtout vers l'extrémité : Sargassum fluitans ; tige lisse : Sargassum natans.
  • Forme dominante des échouages caribéens depuis 2014 : S. natans à tige lisse, lames larges et flotteurs presque toujours sans pointe.

Noms

Nom usuel
Sargasses
Nom scientifique
Sargassum spp.
Autres noms
Sargasses pélagiques · Sargazo · Gulfweed

Distribution géographique

Atlantique tropical et subtropical : mer des Sargasses, golfe du Mexique, mer des Caraïbes et Gulf Stream ; depuis 2011, grande ceinture de sargasses de l'Atlantique, de l'Afrique de l'Ouest au golfe du Mexique. Au Mexique : côte caraïbe du Quintana Roo (péninsule du Yucatán).

Zones : Caraïbes · Yucatán — Amérique

Biotope

Surface de la haute mer, en radeaux dérivant au gré des courants et du vent ; s'accumule près des côtes, dans les lagons et sur les plages lors des arrivages massifs.

Profondeur : 0 – 1 m

Repères pour le plongeur

Algues brunes flottantes (Sargassum natans et S. fluitans) qui arrivent en masse sur la côte caraïbe mexicaine au printemps et en été. Au large, leurs radeaux abritent une faune camouflée ; près du rivage, leur décomposition trouble l'eau et la prive d'oxygène.

Meilleure saison : Avril · Mai · Juin · Juillet · Août · Septembre

Biologie

Alimentation

Photosynthèse : algue brune autotrophe, maintenue en surface par ses flotteurs.

Reproduction

Uniquement végétative, par fragmentation des touffes ; aucune phase fixée au fond.

Conservation

Non évalué (UICN)

Non évaluées (NE) sur la liste rouge de l'UICN, d'après le relevé GBIF consulté en octobre 2026. Ni menacées ni protégées : ce sont leurs proliférations depuis 2011 qui posent problème, car leur décomposition sur les côtes du Caribe mexicain a fait disparaître des herbiers, tué des coraux et provoqué en 2018 la mort d'organismes de 78 espèces animales.

Espèces ressemblantes

  • Sargassum fluitans et Sargassum natans : les deux sargasses flottantes se mêlent dans les mêmes radeaux ; seule S. fluitans a une tige épineuse, et S. natans VIII s'en distingue aussi par des lames nettement plus grandes.
  • Colonies d'hydraires fixées sur l'algue : elles peuvent être prises pour des épines de la tige ou des flotteurs.
  • Sargasses benthiques (autres espèces du genre Sargassum) : elles restent fixées à la roche, au corail ou aux coquilles par un crampon et ne forment pas de radeaux en surface.

Classification

Règne
Végétal / algue
Groupe
Algues & plantes

Identification

Les sargasses qui arrivent sur la côte caraïbe du Mexique appartiennent à deux espèces d’algues brunes, Sargassum natans et Sargassum fluitans (famille des Sargassacées, ordre des Fucales). Elles sont holopélagiques : elles naissent, poussent et se multiplient en pleine eau, sans jamais se fixer au fond. Leurs touffes, brun doré à olive foncé, sont portées en surface par de petits flotteurs sphériques remplis de gaz, les pneumatocystes, et se soudent en radeaux qui peuvent s’étirer sur des kilomètres.

Pour distinguer les deux espèces, regardez la tige, surtout vers son extrémité. Celle de S. fluitans est hérissée de petites épines, celle de S. natans est lisse. Les flotteurs et les lames varient beaucoup d’une forme à l’autre. Lors des échouages de 2014 et 2015, la forme dominante dans l’est des Caraïbes était S. natans VIII : tige lisse, lames larges, flotteurs presque toujours sans pointe. Elle était pourtant rare avant ces événements. On la confond facilement avec S. fluitans, dont les lames sont nettement plus petites. En 2024, elle a été reconnue comme une variété à part, S. natans var. wingei.

Attention à un piège : les colonies d’hydraires qui poussent souvent sur les sargasses ressemblent à des épines ou à des flotteurs.

Où et quand l’observer au Mexique

Depuis 2011, une immense bande de sargasses s’étire de l’Afrique de l’Ouest au golfe du Mexique : la grande ceinture de sargasses de l’Atlantique, longue d’environ 8 000 km. D’après des prélèvements faits en mer, les sargasses qui ont envahi les Caraïbes en 2014 et 2015 ne venaient pas de la mer des Sargasses.

Au Mexique, elles concernent la côte caraïbe du Quintana Roo. Selon le laboratoire de l’Université de Floride du Sud qui suit ces algues par satellite, la ceinture atteint son maximum en juin ou juillet et son minimum en hiver. Des quantités importantes entrent dans les Caraïbes chaque été depuis 2011, sauf en 2013. Attendez-vous à les voir surtout au printemps et en été, avec une ampleur très variable selon les années. Elles ne touchent pas les cénotes de l’intérieur des terres, ni la côte Pacifique.

Biologie et comportement

Les sargasses pélagiques vivent de la photosynthèse et ne se reproduisent que par fragmentation : chaque morceau détaché peut former une nouvelle touffe. Leurs radeaux abritent plus de 100 espèces. Certaines n’existent que là, comme le poisson des sargasses, au camouflage parfait. De jeunes tortues marines s’y abritent et s’y nourrissent, et des hydraires comme Aglaophenia latecarinata peuvent couvrir plus de 40 % de la surface de l’algue.

Près des côtes, le tableau s’inverse. De mi-2014 à 2015, les sargasses en décomposition ont rendu l’eau brune et trouble sur le littoral caraïbe mexicain, avec moins de lumière, moins d’oxygène et un pH plus bas. Des herbiers à Thalassia testudinum ont alors perdu entre 61,6 et 99,5 % de leur biomasse souterraine et ont laissé place à des algues calcaires et dérivantes. Des coraux voisins sont morts en tout ou partie. Entre mai et septembre 2018, des organismes de 78 espèces animales sont morts, surtout des poissons de fond côtiers et des crustacés. Les chercheurs mettent en cause l’ammonium et l’hydrogène sulfuré, ajoutés au manque d’oxygène.

Statut et protection

Ni S. natans ni S. fluitans n’est évaluée par l’UICN : le GBIF les classe « Non évaluée » (NE), relevé consulté en octobre 2026. Elles ne sont pas protégées. Au Mexique, on les ramasse : la Marine en a retiré en mer dès 2015, et les hôtels du Quintana Roo nettoient leurs plages pendant les pics.

Bien l’observer et la photographier

Le meilleur moment, c’est au large, en snorkeling sous un radeau frais et doré, avant qu’il n’atteigne la côte. Glissez-vous dessous lentement et observez de près : la faune associée se fond dans les lames. Pour l’identification, photographiez un fragment de tige en gros plan, en vérifiant qu’il s’agit bien d’épines et non d’hydraires.

Évitez en revanche de plonger dans les eaux brunes près des plages envahies : la visibilité y est faible et l’oxygène peut y manquer. Sur la plage, ne manipulez pas les amas qui pourrissent. En se décomposant, ils dégagent de l’hydrogène sulfuré, un gaz qui irrite les yeux et la gorge.

Sources