Fiche n° 1241 · Flore · Algues & plantes
Tapis d'algues
Turfs algales
Référence : https://silencejeplonge.fr/faune-flore/fiche/mexique-flore-tapis-d-algues/
Clé d'identification
- Gazon ras et dense, le plus souvent de moins de 1 cm de haut (environ 8 mm dans le sud du Quintana Roo).
- Assemblage de nombreuses espèces mêlées : surtout de petites algues rouges rampantes, avec des cyanobactéries, des algues vertes et des algues brunes.
- Aspect feutré ou duveteux, sans thalle dressé ni lame visible à l'œil nu.
- Piège les grains de sédiment fins (moins de 0,3 mm) ; un tapis épais forme une natte chargée de sédiment.
- Pousse au contact des colonies de corail, dont il borde les tissus vivants.
Noms
- Nom usuel
- Tapis d'algues
- Nom scientifique
- Turfs algales
- Autres noms
- Gazon algal · Turf algal · Algues filamenteuses en gazon
Distribution géographique
Récifs coralliens de la Caraïbe, y compris le Système récifal mésoaméricain. Au Mexique, étudié dans le Quintana Roo : parc national Arrecife de Puerto Morelos et côte de Xahuayxol, dans le parc national Arrecifes de Xcalak.
Zones : Caraïbes · Yucatán — Amérique
Biotope
Substrat dur des récifs, au contact des coraux vivants ; documenté au Mexique sur les récifs peu profonds, jusque dans la lagune récifale près de la zone de déferlement (environ 1,5 m).
Repères pour le plongeur
Ce gazon de quelques millimètres est un assemblage de dizaines d'espèces d'algues et de cyanobactéries. Sur les récifs du Quintana Roo, regardez où il borde les coraux : épais et chargé de sédiment, il signale un récif sous pression.
Meilleure saison : Toute l'année
Biologie
Alimentation
Photosynthèse : les algues et les cyanobactéries du tapis fixent leur propre carbone. Un apport de nutriments (pollution, eaux usées) leur donne l'avantage sur le corail.
Reproduction
Variable selon les dizaines d'espèces qui composent le tapis ; aucune donnée propre à l'assemblage.
Conservation
Non évalué (UICN)
Non évalué par l'UICN : ce n'est pas une espèce mais un groupe fonctionnel d'algues. Les suivis récifaux (AGRRA, Healthy Reefs) le comptent parmi les indicateurs d'état du récif : clairsemé et brouté, il témoigne d'une herbivorie active ; épais et chargé de sédiment, il pénalise le corail.
Espèces ressemblantes
- Algues calcaires encroûtantes (corallinacées) : croûte rose, dure et plate, sans filaments ; elles favorisent au contraire l'installation des larves de corail.
- Macroalgues charnues ou calcaires, comme l'halimède : thalles dressés bien visibles, de plusieurs centimètres, et non un gazon ras.
- Voiles de cyanobactéries : les protocoles de suivi récifal comme AGRRA les comptent à part du gazon algal.
Classification
- Règne
- Végétal / algue
- Groupe
- Algues & plantes
Identification
Le tapis d’algues, ou « turf » algal, n’est pas une espèce. C’est un groupe fonctionnel : un gazon dense formé de nombreuses espèces mêlées de petites algues filamenteuses et de cyanobactéries. Les chercheurs eux-mêmes reconnaissent que le terme reste mal défini. Sur les récifs de la Caraïbe, une étude menée à Curaçao le décrit comme un assemblage de moins de 1 cm de haut.
Au Mexique, l’équipe de Cetz-Navarro a examiné ces tapis sur la côte de Xahuayxol, dans le sud du Quintana Roo. Ils mesuraient environ 8 mm et réunissaient plus de 50 espèces, 96 taxons selon l’étude de 2015. Les algues rouges rampantes y dominaient, accompagnées de cyanobactéries, d’algues vertes et d’algues brunes. Sous l’eau, vous ne distinguerez donc pas d’espèce : vous verrez un feutrage ras, duveteux, sans lame ni rameau dressé.
Le critère le plus parlant est le sédiment. Le tapis retient les grains fins, de moins de 0,3 mm à Xahuayxol. Épais, il devient une véritable natte de sédiment. Ne le confondez pas avec les algues calcaires encroûtantes, croûtes roses et dures sans filaments, ni avec les macroalgues comme l’halimède, dont les thalles se dressent sur plusieurs centimètres.
Où et quand l’observer au Mexique
Ce gazon se trouve sur le substrat dur des récifs, au contact des coraux. Les deux études de Xahuayxol ont été conduites dans la lagune récifale, près de la zone de déferlement, vers 1,5 m de fond, à l’intérieur du parc national Arrecifes de Xcalak. Plus au nord, le parc national Arrecife de Puerto Morelos a servi de terrain à une étude sur la place de ce tapis dans les chaînes alimentaires du récif.
Aucune saison particulière n’est documentée : le tapis est présent toute l’année. L’étude de 2013 note toutefois que les coraux qui le côtoient étaient plus stressés en août qu’en mai, sans pouvoir séparer cet effet de celui de la température de l’eau.
Biologie et comportement
Le tapis vit de la photosynthèse. À Curaçao, des chercheurs ont montré que l’ajout de nutriments inverse le rapport de force : sans enrichissement, le corail gagnait du terrain sur le gazon ; avec des nutriments, le gazon envahissait le corail. Le tapis réduisait aussi l’efficacité photosynthétique des coraux voisins, même sans les recouvrir.
À Xahuayxol, retirer le tapis autour du corail Orbicella annularis (anciennement Montastraea annularis) a amélioré sa santé : tissus plus épais, davantage de zooxanthelles. En août, les colonies dégagées portaient environ 83 % d’ovocytes mûrs, contre 44 % au contact du tapis.
Le gazon est pourtant une ressource. À Puerto Morelos, il fournissait, avec ses épiphytes, environ 60 % du carbone des poissons herbivores sur le récif de Limones, dominé par le corail. Bien plus de poissons broutent ce gazon que les grandes algues dressées, qu’ils trouvent souvent peu appétissantes. Il abrite aussi une petite faune d’amphipodes, d’isopodes et d’ostracodes que mangent d’autres poissons.
Statut et protection
Faute d’être une espèce, le tapis d’algues n’a pas de statut UICN. Il sert en revanche d’indicateur. Le protocole AGRRA classe le gazon clairsemé parmi les signes favorables, car il traduit une herbivorie active. Les tapis épais chargés de sédiment, que les poissons herbivores évitent, comptent au contraire parmi les signes défavorables. Sur le Système récifal mésoaméricain, la couverture de macroalgues charnues a augmenté entre 2005 et 2014, notamment au Mexique. Les auteurs ne l’expliquent pas par un manque d’herbivores et évoquent les apports de nutriments liés au développement côtier.
Bien l’observer et la photographier
Approchez-vous à l’horizontale, en flottabilité parfaitement maîtrisée : le moindre coup de palme soulève le sédiment piégé dans le tapis et trouble la scène. Un objectif macro montre l’enchevêtrement de filaments, invisible à distance. Cherchez la limite entre le gazon et un corail vivant : c’est là que se joue la compétition décrite par les études. Observez aussi les chirurgiens et les perroquets qui viennent brouter. Ne grattez pas le tapis et ne posez pas la main sur le corail voisin.
Sources
- Cetz-Navarro et al. (2013), PLoS ONE : réponses du corail Montastraea annularis au retrait du turf algal, Quintana Roo
- Cetz-Navarro et al. (2015), PLoS ONE : turf algal et gamètes d’Orbicella annularis, parc national Arrecifes de Xcalak
- Morillo-Velarde et al. (2018), Scientific Reports : réseaux trophiques des récifs de Puerto Morelos
- Vermeij et al. (2010), PLoS ONE : nutriments, herbivores et turf algal à Curaçao
- Suchley, McField et Alvarez-Filip (2016), PeerJ : hausse des macroalgues sur les récifs mésoaméricains
- AGRRA : indicateurs du benthos
- Wikipédia (en) : Algae, section Turfs, d’après Connell et al. 2014