Fiche n° 1134 · Flore · Algues & plantes

Caulerpe

Caulerpa taxifolia

Europe Méditerranée Corse

Référence : https://silencejeplonge.fr/faune-flore/fiche/france-flore-caulerpe/

Caulerpe (Caulerpa taxifolia)
Photo : Fish&Dive — CC BY-SA 4.0 — source

Clé d'identification

  • Algue verte vif, presque fluorescente, formant des tapis denses sur le fond.
  • Stolon rampant de 1 à 2 mm de diamètre, fixé au substrat par des crampons en piliers terminés par des rhizoïdes.
  • Frondes dressées en forme de plume, de 20 à 30 cm en général en Méditerranée, jusqu'à 80 cm.
  • Pinnules aplaties d'environ 1 mm de large et 10 mm de long, opposées et légèrement recourbées vers le haut.
  • Algue d'une seule cellule géante (siphonée) : aucune cloison visible entre stolon et frondes.

Noms

Nom usuel
Caulerpe
Nom scientifique
Caulerpa taxifolia
Autres noms
Caulerpe à feuilles d'if · Algue tueuse · Killer algae
Synonymes
Fucus taxifolius · Caulerpa pennata

Distribution géographique

Espèce tropicale (Indo-Pacifique, Caraïbes, Atlantique africain tropical). La souche introduite en Méditerranée vient de l'aquarium de Monaco (1984) ; en France, elle a colonisé la côte entre Toulon et la frontière italienne et fait l'objet d'une surveillance en Corse.

Zones : Méditerranée · Corse — Europe

Biotope

Fonds sableux et sédimentaires, roche, coralligène et lisière des herbiers de posidonie ; en Méditerranée, généralement jusqu'à une trentaine de mètres, observée jusqu'à 100 m.

Profondeur : 0 – 100 m

Repères pour le plongeur

Algue verte invasive en plumes, introduite à Monaco en 1984 et aujourd'hui en net recul sur la Côte d'Azur. Ne l'arrachez pas : chaque fragment peut repartir ailleurs ; notez plutôt le lieu et la profondeur pour les réseaux de surveillance.

Meilleure saison : Toute l'année

Biologie

Alimentation

Photosynthèse : sa croissance dépend de l'éclairement.

Reproduction

En Méditerranée, clone mâle issu d'un seul individu : multiplication uniquement végétative, par croissance des stolons et bouturage de fragments.

Conservation

Non évalué (UICN)

Non évaluée (NE) par l'UICN selon GBIF (consulté en 2026). En France, espèce réglementée : l'arrêté du 4 mars 1993 relatif à la lutte contre Caulerpa taxifolia, prorogé jusqu'en 2001, en interdisait la vente, l'achat, le transport, l'utilisation et le rejet en mer.

Espèces ressemblantes

  • Caulerpe prolifère (Caulerpa prolifera) : autre caulerpe de Méditerranée, indigène, mais à frondes lancéolées lisses, sans pinnules.
  • Caulerpe cylindracée (Caulerpa cylindracea) : caulerpe invasive plus discrète, à petites ramules en massue ou en boule disposées en grappe, frondes de 3 à 6 cm le plus souvent.

Classification

Règne
Végétal / algue
Groupe
Algues & plantes

Identification

La caulerpe à feuilles d’if est une algue verte d’un vert vif, presque fluorescent. Elle est faite d’une seule cellule géante, sans cloisons : on parle d’algue siphonée. Un stolon rampant de 1 à 2 mm de diamètre court sur le fond, parfois sur 3 m. Il s’accroche au substrat par des crampons en forme de petits piliers, terminés par des rhizoïdes.

De ce stolon partent des frondes dressées en forme de plume. Sous les tropiques, elles mesurent 5 à 15 cm. En Méditerranée, elles atteignent en général 20 à 30 cm, et jusqu’à 80 cm. Chaque fronde porte des pinnules aplaties, d’environ 1 mm de large pour 10 mm de long. Elles sont opposées deux à deux et légèrement relevées vers le haut, ce qui rappelle les feuilles de l’if.

En Méditerranée française, deux autres caulerpes peuvent prêter à confusion. La caulerpe prolifère (Caulerpa prolifera), indigène, porte des frondes en lame lisse, sans pinnules. La caulerpe cylindracée (Caulerpa cylindracea), elle aussi invasive, a de petites frondes de 3 à 6 cm le plus souvent, garnies de ramules en massue ou en boule, disposées en grappe.

Où et quand l’observer en Méditerranée française

Cette caulerpe vit naturellement dans les mers tropicales. La souche méditerranéenne vient de l’aquariophilie. DORIS rapporte sa première observation en 1984 au pied du musée océanographique de Monaco, sur 1 m². L’algue a ensuite couvert 1 300 ha en 1993, 6 000 ha en 2000 et 8 842 ha en 2005, répartis sur 143 km de côtes françaises. Quinze ans après sa découverte, 97 % des colonies se trouvaient dans un rayon de 200 km autour de Monaco, entre Toulon et Ceriale en Italie.

Elle colonise les fonds sableux et vaseux, la roche, le coralligène et les abords des herbiers de posidonie. On la trouve en général jusqu’à une trentaine de mètres, et elle a été observée jusqu’à 100 m. En Corse, un réseau de plongeurs cartographie les caulerpes envahissantes, et des actions de lutte visent cette espèce.

L’expansion ralentit depuis 1997 environ. DORIS indique qu’environ 80 % des surfaces colonisées auraient disparu, sans cause identifiée. Les relevés récents publiés sur GBIF la signalent encore autour de Hyères, de Port-Cros, d’Antibes et de Villefranche-sur-Mer. Elle n’est pas notée sur la façade atlantique ni en Manche. Algue pérenne, elle reste visible toute l’année, avec des frondes plus fournies en fin d’été.

Biologie et comportement

Comme toute algue, elle se nourrit par photosynthèse. La croissance des stolons démarre de mars à juin et culmine en août-septembre, jusqu’à 1,5 cm par jour, soit près de 2 m par an. Une colonie peut compter jusqu’à 14 000 frondes au mètre carré. La souche de Méditerranée tolère des eaux de 7 à 30 °C, alors que la souche tropicale meurt en dessous de 20 °C.

La population méditerranéenne serait un clone issu d’un seul individu mâle. Sans femelle, elle ne se reproduit pas sexuellement : elle s’étend par ses stolons et par bouturage. Un fragment arraché survit une dizaine de jours dans un milieu humide. Les ancres, les filets et les courants suffisent donc à la disséminer.

Ses composés toxiques la protègent des brouteurs locaux, comme l’oursin violet ou la saupe. Les tapis denses appauvrissent la faune de mollusques, d’amphipodes, de vers polychètes et de poissons, et menacent les herbiers de posidonie.

Statut et protection

L’UICN ne l’a pas évaluée (NE, selon GBIF). En France, l’arrêté du 4 mars 1993 relatif à la lutte contre Caulerpa taxifolia a interdit sa vente, son achat, son transport, son utilisation et son rejet en mer. Prorogé plusieurs fois, il restait en vigueur jusqu’au 25 mars 2001 au moins. Dans les secteurs très colonisés, des arrêtés préfectoraux ont aussi interdit le mouillage ou la pêche, comme dans la lagune du Brusc (Var).

Bien l’observer et la photographier

Ne l’arrachez pas et ne l’emportez pas : un fragment perdu en remontant peut fonder une nouvelle colonie. Gardez une flottabilité stable au-dessus des tapis, car les coups de palmes soulèvent le sédiment et brisent les frondes. Pour la photo, cadrez une fronde de près pour montrer les pinnules opposées, puis un plan plus large où l’on voit le stolon et les crampons. Si vous en trouvez hors des zones connues, notez le lieu, la profondeur et la surface approximative, et signalez-la aux gestionnaires locaux ou à un réseau d’observation.

Sources