Fiche n° 1132 · Flore · Éponges & tuniciers

Éponge baril

Spongia officinalis

Europe Méditerranée Corse

Référence : https://silencejeplonge.fr/faune-flore/fiche/france-flore-eponge-baril/

Clé d'identification

  • Masse globuleuse, parfois lobée, jusqu'à près de 40 cm de diamètre ; pas de forme en tube ni en tonneau.
  • Surface « en chair de poule » : petits cônes de moins de 0,5 mm, espacés d'environ 2 mm, sans organismes fixés.
  • Oscules de 3 à 10 mm, souvent en relief, épars ou alignés, chacun entouré d'un anneau clair.
  • Teinte gris clair à presque noire, plus rarement blanchâtre à jaunâtre selon la lumière reçue.
  • Consistance souple : squelette de fibres de spongine, sans spicules.

Noms

Nom usuel
Éponge baril
Nom scientifique
Spongia officinalis
Autres noms
Éponge de toilette · Éponge fine grecque · Éponge officinale
Synonymes
Euspongia officinalis · Spongia adriatica · Euspongia adriatica · Spongia quarnerensis

Distribution géographique

Méditerranée et Atlantique proche. En France, DORIS la classe en Méditerranée française ; GBIF regroupe plus d'un millier d'observations sur le littoral de Provence, des Pyrénées-Orientales et de Corse.

Zones : Méditerranée · Corse — Europe

Biotope

Substrats durs, surtout la roche, parfois les rhizomes de posidonie. Dès quelques mètres sous les surplombs et à l'entrée des grottes, jusqu'à plus de 40 m ; rare au-delà, absente sous 80 m.

Profondeur : 2 – 80 m

Repères pour le plongeur

Éponge grise à noire, globuleuse, couverte de petits cônes et d'oscules cerclés de clair : c'est l'éponge de toilette de Méditerranée, sous les surplombs rocheux. Ne la touchez pas et ne la prélevez pas, son tissu est fragile.

Meilleure saison : Toute l'année

Biologie

Alimentation

Filtreuse : particules en général inférieures à 3 microns (bactéries, algues unicellulaires, débris organiques), retenues grâce aux choanocytes qui créent le courant d'eau.

Reproduction

Hermaphrodite, ovules et spermatozoïdes d'un même individu émis à des moments différents ; reproduction sexuée surtout en été, larves nageuses de 0,6 à 1 mm. Aussi par bourgeonnement et par fragments qui se fixent à proximité.

Conservation

Non évalué (UICN)

Non évaluée (NE) sur la liste rouge mondiale de l'UICN, selon GBIF consulté en octobre 2026. Inscrite à l'annexe III des conventions de Berne et de Barcelone (exploitation réglementée). Surexploitée par la récolte commerciale en Méditerranée et touchée par la mortalité massive de l'été 1999 en Provence et en Ligurie, liée à un épisode d'eau chaude.

Espèces ressemblantes

  • Éponge commune (Hippospongia communis) : cônes de surface moins réguliers et squelette creusé de nombreuses lacunes internes.
  • Ircinie sombre (Ircinia oros) : plus ronde et plus petite, oscules bordés d'un anneau sombre, tissu plus coriace.
  • Ircinia variabilis : surface ridée, teinte brun-vert à brun violacé.
  • Éponge cornée noire (Scalarispongia scalaris) : souvent plus grande et noire, réseau de fibres qui se déchire très facilement.
  • Sarcotragus : souvent couverts d'organismes fixés, ce qui n'est pas le cas de l'éponge de toilette.

Classification

Règne
Végétal / algue
Groupe
Éponges & tuniciers

Identification

Le nom « éponge baril » de cette fiche prête à confusion. Les véritables éponges-barils sont des espèces tropicales en forme de tonneau. L’espèce décrite ici, Spongia officinalis, est l’éponge de toilette de Méditerranée, que DORIS appelle aussi éponge fine grecque ou éponge officinale. C’est un animal, un spongiaire, et non une plante, malgré son classement dans la flore du site.

Elle forme une masse globuleuse, parfois lobée chez les grands individus, dont le diamètre peut approcher 40 cm. Sa surface est hérissée de petits cônes de moins de 0,5 mm, espacés d’environ 2 mm, qui lui donnent un aspect de chair de poule. Les oscules, ces orifices par lesquels l’eau ressort, mesurent 3 à 10 mm. Ils sont souvent en relief, parfois au sommet de lobes coniques, et chacun est entouré d’un anneau clair. La couleur va du gris clair au presque noir, plus rarement du blanchâtre au jaunâtre : elle dépend surtout de la lumière reçue. Son squelette ne contient aucun spicule, seulement des fibres de spongine souples.

Plusieurs éponges cornées lui ressemblent. L’ircinie sombre (Ircinia oros) est plus ronde, plus petite, et ses oscules sont bordés d’un anneau sombre. L’éponge commune (Hippospongia communis) a des cônes moins réguliers. L’éponge cornée noire (Scalarispongia scalaris) est en général plus grande et franchement noire. Les Sarcotragus portent souvent des organismes fixés, alors que la surface de l’éponge de toilette en est dépourvue.

Où et quand l’observer en France

DORIS place l’espèce en Méditerranée française. Les observations rassemblées par GBIF se concentrent sur le littoral de Provence, des Pyrénées-Orientales et surtout de Corse. Les sources consultées ne l’attestent ni en Bretagne ni en Manche.

Elle pousse sur les fonds durs, la roche le plus souvent, parfois sur les rhizomes de posidonie. Dès quelques mètres, cherchez-la sous les surplombs. Elle descend à plus de 40 m, devient rare au-delà et n’est pas signalée sous 80 m. DORIS rapporte qu’à l’entrée des grottes et sous les surplombs de la région marseillaise, elle domine la biomasse avec le corail rouge. Fixée et pérenne, elle s’observe toute l’année.

Biologie et comportement

C’est une filtreuse. Des cellules ciliées, les choanocytes, font circuler l’eau dans son corps. Elle en retient des particules de moins de 3 microns en général : bactéries, algues unicellulaires et débris organiques.

L’espèce est hermaphrodite, mais un même individu n’émet pas ses ovules et ses spermatozoïdes en même temps. La reproduction sexuée a lieu surtout en été et libère des larves nageuses de 0,6 à 1 mm. L’éponge se multiplie aussi par bourgeonnement ou par fragments qui se fixent non loin. Sa croissance est lente : un individu de 15 cm a 3 à 4 ans.

Statut et protection

Selon GBIF, consulté en octobre 2026, l’espèce n’est pas évaluée (NE) sur la liste rouge mondiale de l’UICN. Elle figure à l’annexe III des conventions de Berne et de Barcelone, qui encadrent son exploitation. DORIS rappelle que la récolte commerciale a fait chuter la production mondiale, de 1 340 tonnes dans les années 1930 à 177 tonnes en 1977, avec des signes de surexploitation en Tunisie. L’espèce a aussi été parmi les plus touchées par la mortalité massive de l’été 1999 en Provence et en Ligurie. Un mois d’eau à 23 ou 24 °C jusqu’à 40 m de fond avait alors précédé l’apparition d’un voile bactérien, puis de nécroses souvent mortelles en un ou deux jours.

Bien l’observer et la photographier

Prévoyez une lampe : sous les surplombs, sa teinte sombre se confond avec la roche. Éclairez de biais pour faire ressortir le relief des petits cônes et l’anneau clair des oscules, les deux critères qui la séparent des ircinies. Un objectif macro montre bien cette texture, un grand-angle permet de la situer près du corail rouge qui partage souvent ses surplombs.

Ne la pressez pas pour vérifier sa souplesse : DORIS souligne que son tissu est fragile. Maîtrisez votre flottabilité sous les surplombs, où un coup de palme ou une bouteille qui racle la roche peut l’arracher. Ne la prélevez jamais. En été, si vous voyez des éponges couvertes d’un voile blanchâtre ou en partie nécrosées, signalez-le à votre club : c’est le signe possible d’un épisode de mortalité.

Sources