Fiche n° 1136 · Flore · Algues & plantes

Zostère marine

Zostera marina

Europe Méditerranée Bretagne Corse Manche

Référence : https://silencejeplonge.fr/faune-flore/fiche/france-flore-zostere-marine/

Zostère marine (Zostera marina)
Photo : Colin.faulkingham at English Wikipedia — Public domain — source

Clé d'identification

  • Plante à fleurs, pas une algue : feuilles en ruban souple, vert franc, de 20 à 120 cm de long.
  • Feuilles larges de 4 à 10 mm, parcourues de 3 à 5 nervures longitudinales, à l'extrémité arrondie.
  • Rhizome enfoui dans le sédiment, d'où partent racines et faisceaux de feuilles ; il forme des prairies denses (herbiers).
  • En floraison, épi jaunâtre de 4 à 5 cm enfermé dans une gaine foliaire.
  • Pousse sur sable ou sable vaseux de baies abritées, du bas de l'estran jusqu'à une dizaine de mètres.

Noms

Nom usuel
Zostère marine
Nom scientifique
Zostera marina
Autres noms
Grande zostère · Herbe de mer · Chiendent marin · Foin de mer · Eelgrass
Synonymes
Zostera angustifolia · Zostera hornemanniana · Zostera marina var. angustifolia

Distribution géographique

Hémisphère Nord : Atlantique Nord et Pacifique Nord, eaux fraîches. En France : littoral atlantique, Bretagne et Manche ; en Méditerranée, surtout dans quelques lagunes (étang de Thau) et en Corse (étang d'Urbino, Agriates).

Zones : Méditerranée · Bretagne · Corse · Manche — Europe

Biotope

Fonds de sable, de sable vaseux ou de gravier des baies, lagunes et estuaires abrités, du niveau des basses mers de vives-eaux jusqu'à 11 m environ. Supporte une courte émersion et une eau légèrement dessalée.

Profondeur : 0 – 11 m

Repères pour le plongeur

Plante à fleurs marine qui forme des herbiers sur le sable des baies abritées, du bas de l'estran à une dizaine de mètres. Nurserie de seiches et d'hippocampes : on l'explore en palmant au-dessus, sans s'y poser ni y mouiller.

Meilleure saison : Mai · Juin · Juillet · Août

Biologie

Alimentation

Plante à fleurs photosynthétique : elle a besoin d'une eau claire ou peu profonde et produit de l'oxygène. Ses racines puisent dans le sédiment.

Reproduction

Floraison de mai à juillet ou août. Épis portant en alternance fleurs mâles et femelles ; le pollen, en filaments, est transporté par l'eau. Graines dispersées par les courants, mais extension surtout végétative par le rhizome (clones).

Conservation

Préoccupation mineure (UICN)

Préoccupation mineure (LC) sur la liste rouge mondiale de l'UICN, évaluation de 2010. Inscrite à l'annexe I de la convention de Berne et à l'annexe II de la convention de Barcelone. En Aquitaine, un arrêté préfectoral du 8 mars 2002 interdit de la détruire, couper, arracher ou récolter. Menaces : ancres, dragages, turbidité, eutrophisation ; régression signalée dans le bassin d'Arcachon.

Espèces ressemblantes

  • Zostère naine (Zostera noltei) : feuilles bien plus étroites (2 à 3 mm) et plus courtes, plus haut sur l'estran, découverte à chaque marée.
  • Posidonie (Posidonia oceanica) : feuilles d'environ 1 cm de large en faisceaux de 4 à 8, endémique de la Méditerranée et absente des eaux dessalées ; la distinction sûre passe par l'inflorescence.
  • Cymodocée (Cymodocea nodosa) : feuilles de 3 à 4 mm à 7 à 9 nervures, extrémité dentelée et non arrondie ; Méditerranée et Atlantique au sud de l'Espagne.

Classification

Règne
Végétal / algue
Groupe
Algues & plantes

Identification

Malgré son allure, la zostère marine n’est pas une algue. C’est une plante à fleurs de la famille des Zostéracées, revenue vivre dans la mer, avec des racines, un rhizome et des fleurs. Ses feuilles forment de longs rubans souples, vert franc, larges de 4 à 10 mm et longs de 20 à 120 cm. Leur extrémité est arrondie et, à contre-jour, on distingue 3 à 5 nervures parallèles. En eau très peu profonde, les feuilles restent courtes ; plus bas, elles dépassent souvent le mètre.

Le rhizome court sous le sable et émet des racines à chaque nœud. En s’étendant, il tisse des prairies sous-marines denses, les herbiers. De mai à l’été, un épi jaunâtre de 4 à 5 cm apparaît, enfermé dans la gaine d’une feuille.

Trois plantes peuvent prêter à confusion. La zostère naine (Zostera noltei) a des feuilles de 2 à 3 mm seulement et pousse plus haut sur l’estran. En Méditerranée, la posidonie lui ressemble beaucoup, mais ses feuilles, groupées par faisceaux de 4 à 8, font environ 1 cm de large, et seule l’inflorescence permet de trancher avec certitude. La cymodocée, elle, a des feuilles plus étroites (3 à 4 mm) dont la pointe est finement dentelée.

Où et quand l’observer en France

C’est la plante marine à fleurs la plus répandue de l’hémisphère Nord, dans les eaux fraîches de l’Atlantique et du Pacifique. En France, elle colonise les baies abritées du littoral atlantique, de la Bretagne et de la Manche, sur sable, sable vaseux ou gravier. Les observations versées dans GBIF sont nombreuses dans le Finistère et le Morbihan, comme dans le Cotentin. En Méditerranée, elle se cantonne surtout à quelques lagunes comme l’étang de Thau ; en Corse, GBIF la signale dans l’étang d’Urbino et le long des Agriates.

L’herbier commence au niveau des basses mers de vives-eaux et descend jusqu’à 11 m environ. Il est donc accessible en randonnée palmée à marée basse comme en plongée peu profonde. On le visite toute l’année, mais la floraison, de mai à juillet ou août, est le moment où l’on peut voir les épis.

Biologie et comportement

Comme une plante terrestre, la zostère tire son énergie de la lumière : elle a besoin d’une eau claire et rejette de l’oxygène. La pollinisation se fait sous l’eau. Les fleurs mâles libèrent un pollen en filaments que les courants portent jusqu’aux stigmates des fleurs femelles. Les graines dérivent ensuite au gré des courants, mais l’herbier s’étend surtout par son rhizome, si bien qu’une prairie entière peut n’être qu’un seul clone.

L’herbier piège le sédiment et finit par exhausser le fond. Il sert d’abri et de nurserie. DORIS y cite l’hippocampe, la seiche qui fixe ses grappes d’œufs sur les feuilles, le lièvre de mer et ses rubans de ponte, l’étoile de mer Asterina gibbosa et la limace à bigoudis. Hors de l’eau, la bernache cravant se nourrit de zostères. Dans les années 1930, une maladie du dépérissement due à Labyrinthula zosterae a décimé les herbiers de l’Atlantique Nord.

Statut et protection

L’UICN classe Zostera marina en « Préoccupation mineure » (LC) à l’échelle mondiale, dans une évaluation de 2010. Cela ne dit rien de l’état des herbiers français. La plante figure à l’annexe I de la convention de Berne et à l’annexe II de la convention de Barcelone. En Aquitaine, un arrêté préfectoral du 8 mars 2002 interdit de la détruire, de la couper, de l’arracher ou de la récolter. DORIS signale une régression dans le bassin d’Arcachon, dont les causes sont encore étudiées. Ancres, dragages, eau trouble et eutrophisation sont les principales menaces.

Bien l’observer et la photographier

Restez en flottabilité positive ou neutre, au-dessus des feuilles : agenouillé dans l’herbier, vous arrachez des rhizomes et soulevez une vase qui ruine la visibilité. Palmez doucement, en ciseaux courts, et ne mouillez jamais l’ancre au milieu de la prairie. Choisissez un coefficient de marée modéré et une mer calme pour que l’eau reste claire.

Sur les feuilles, cherchez les grappes d’œufs noirs de seiche, les pontes de lièvre de mer et, avec de la patience, un hippocampe accroché par la queue. Pour la plante elle-même, photographiez à contre-jour vers la surface pour faire ressortir les nervures et le vert translucide des rubans. En période de floraison, une macro sur l’épi dans sa gaine confirme l’identification. Ne cueillez rien, même pour un cliché.

Sources