Fiche n° 1290 · Flore · Éponges & tuniciers

Éponge baril

Xestospongia muta

Amérique Caraïbes Guadeloupe Les Saintes

Référence : https://silencejeplonge.fr/faune-flore/fiche/guadeloupe-flore-eponge-baril/

Éponge baril (Xestospongia muta)
Photo : Jstuby — CC0 — source

Clé d'identification

  • Grand tonneau dressé, ouvert au sommet par une large cavité centrale, seul ou en groupe de deux ou trois.
  • Paroi extérieure dure, très rugueuse, creusée de plis et de crêtes souvent pointées vers le haut.
  • Paroi intérieure lisse, marquée parfois de morsures de poissons.
  • Couleur brun-rouge à brun-gris ; plus rosée ou blanchâtre en profondeur, sous les surplombs ou quand elle blanchit.
  • Bord supérieur cassant, découpé en pointes.
  • Jusqu'à 2 m de haut et 1 à 2 m de diamètre : la plus grande éponge des Caraïbes.

Noms

Nom usuel
Éponge baril
Nom scientifique
Xestospongia muta
Autres noms
Baril de rhum · Éponge-barrique · Éponge-tonneau · Giant barrel sponge · Esponja barril gigante
Synonymes
Petrosia muta · Schmidtia muta · Xestospongia grayi

Distribution géographique

Atlantique ouest tropical : Floride, Bermudes, Bahamas, golfe du Mexique, Caraïbes et Brésil. En Guadeloupe, DORIS publie des photos prises à Port-Louis et aux Saintes, et GBIF y recense plus de 450 observations.

Zones : Caraïbes · Guadeloupe · Les Saintes — Amérique

Biotope

Tout support dur des récifs, surtout au-delà de 10 m et jusqu'à 120 m ; aussi signalée en mangrove. Elle n'atteint ses tailles géantes qu'en zone calme : dans le courant, elle s'allonge dans le sens du flux ; dans les petits fonds battus, elle reste trapue.

Profondeur : 0 – 120 m

Repères pour le plongeur

On ne la rate pas : ce grand tonneau brun-rouge domine le récif et sert d'abri à une foule de petits animaux. Admirez-le de l'extérieur, sans jamais vous asseoir dedans ni vous appuyer sur son bord, qui casse facilement.

Meilleure saison : Toute l'année

Biologie

Alimentation

Filtreur : elle pompe l'eau à travers sa paroi et retient bactéries et particules microscopiques, rejetées par la cavité centrale ; elle absorbe aussi de la matière organique dissoute. Des cyanobactéries (Synechococcus) vivant dans ses tissus de surface lui donnent sa couleur et une partie de sa nourriture.

Reproduction

Sexes probablement séparés. Les mâles libèrent leur sperme en nuage de « fumée » par l'ouverture centrale, les femelles des paquets d'œufs enrobés de mucus ; fécondation en pleine eau. DORIS signale des pontes en avril ; Wikipédia indique qu'elles peuvent avoir lieu toute l'année, souvent de façon synchronisée.

Conservation

Non évalué (UICN)

Non évaluée par l'UICN (NE) selon SeaLifeBase (liste rouge version 2025-2), ni par la CITES ou la CMS. Des mortalités importantes ont été relevées, notamment en Floride. Elle peut blanchir en perdant ses cyanobactéries, et une affection appelée « bande orange » peut la tuer ; sa cause reste inconnue.

Espèces ressemblantes

  • Verongula gigantea : même forme de tonneau dans les Caraïbes, mais jaunâtre, caoutchouteuse au toucher et jamais aussi grande.
  • Éponge-barrique de l'Indo-Pacifique (Xestospongia testudinaria) : espèce sœur à la surface plus lisse et sillonnée, absente des Antilles.

Classification

Règne
Végétal / algue
Groupe
Éponges & tuniciers

Identification

L’éponge baril est un animal, même si elle ne bouge pas. Les éponges sont parmi les animaux les plus simples : pas d’organes, mais un corps percé de pores qui filtre l’eau en permanence. Le site la range en « flore » parce qu’elle vit fixée. DORIS l’appelle « baril de rhum », un nom qui lui va bien.

C’est la plus grande éponge des Caraïbes. Elle forme un tonneau dressé, ouvert au sommet par une large cavité, qui atteint 2 m de haut et 1 à 2 m de diamètre. La paroi extérieure est dure et très rugueuse, creusée de plis, de crêtes et de pointes souvent tournées vers le haut. La paroi intérieure est lisse, parfois marquée de morsures de poissons. Le bord supérieur, découpé en pointes, est cassant.

Sa couleur va du brun-rouge au brun-gris. En profondeur, sous un surplomb ou quand elle blanchit, elle devient rosée ou blanchâtre. Seule confusion possible dans les Caraïbes : Verongula gigantea, de même forme, mais jaunâtre, caoutchouteuse et jamais aussi grande.

Où et quand l’observer en Guadeloupe

L’espèce vit dans l’Atlantique ouest tropical, de la Floride et des Bermudes aux Caraïbes et au Brésil. En Guadeloupe, elle est très documentée : GBIF y recense plus de 450 observations, et DORIS publie des photos prises à Port-Louis et aux Saintes.

Elle s’installe sur n’importe quel support dur, surtout au-delà de 10 m et jusqu’à 120 m. Sa forme dépend du milieu : géante en zone calme, allongée dans le sens du courant ailleurs, trapue sur les petits fonds battus par la houle. Elle s’observe toute l’année.

Biologie et comportement

L’éponge baril filtre l’eau en continu. Elle retient les bactéries et les particules microscopiques, puis rejette l’eau filtrée par la cavité centrale. Des cyanobactéries du genre Synechococcus, logées dans ses tissus de surface, lui donnent sa couleur brun-rouge.

Elle grandit lentement et vit très longtemps. Une éponge de 1,23 m sur 0,98 m a été estimée à 127 ans. Pour un très grand spécimen de Curaçao, une extrapolation donne environ 2 300 ans, ce qui lui vaut le surnom de « séquoia du récif ».

Au moment de la ponte, les mâles libèrent leur sperme en un nuage qui ressemble à de la fumée sortant du tonneau. DORIS signale ces émissions en avril. Les femelles expulsent des paquets d’œufs enrobés de mucus. Le tonneau sert aussi d’abri : gobies, ophiures et crevettes nettoyeuses se cachent dans ses plis, et des vers spirographes vivent parfois à l’intérieur.

Statut et protection

SeaLifeBase indique qu’elle n’est pas évaluée par l’UICN (NE). DORIS signale des mortalités importantes, surtout en Floride. Elle peut blanchir en perdant ses cyanobactéries ; ce blanchissement est souvent réversible, mais DORIS précise qu’un blanchissement total peut la tuer en deux mois environ. Une affection appelée « bande orange » peut aussi la faire mourir ; sa cause reste inconnue.

Bien l’observer et la photographier

Ne vous asseyez jamais dedans et ne vous appuyez pas sur son bord, qui casse facilement : une éponge de cette taille a peut-être plus d’un siècle. Restez en flottabilité neutre et faites le tour à distance. Le Parc national de la Guadeloupe demande de ne toucher à rien de vivant.

En photo, placez un plongeur à côté du tonneau, jamais dedans, pour donner l’échelle. Un grand-angle en contre-plongée montre la cavité ouverte vers la surface. Regardez ensuite dans les plis extérieurs : c’est là que se cachent crevettes, gobies et ophiures.

Sources