Fiche n° 1151 · Faune · Requins & raies
Raie manta
Mobula alfredi
Référence : https://silencejeplonge.fr/faune-flore/fiche/mayotte-faune-raie-manta/
Clé d'identification
- Grande raie aplatie, environ 2,2 à 2,4 fois plus large que longue, qui « vole » en battant des nageoires pectorales.
- Bouche terminale large et rectangulaire, blanche ou gris clair, encadrée de deux nageoires céphaliques enroulées en nage, déroulées pour se nourrir.
- Dos noir à bleu nuit, avec de larges taches blanches d'épaule qui s'incurvent vers le milieu du dos et forment un crochet rabattu vers le centre derrière les spiracles.
- Ventre blanc semé de points noirs, y compris entre les fentes branchiales, et une tache sombre en demi-cercle sous la cinquième fente.
- Queue en fouet, sans épine caudale ni renflement calcifié à sa base.
Noms
- Nom usuel
- Raie manta
- Nom scientifique
- Mobula alfredi
- Autres noms
- Manta des récifs · Raie manta de récif · Manta d'Alfred · Diable de mer · Reef manta ray
- Synonymes
- Manta alfredi · Ceratoptera alfredi · Manta fowleri · Manta pakota
Distribution géographique
Indo-Pacifique tropical et subtropical, de la mer Rouge et de l'Afrique du Sud jusqu'à Hawaï et la Polynésie française. À Mayotte, le Parc naturel marin la signale dans le lagon, le long des côtes et des zones récifales riches en plancton.
Zones : Lagon — Océan Indien
Biotope
Pélagique, surtout près de la surface, en eaux côtières, sur les récifs coralliens et souvent dans les passes récifales. FishBase indique 0 à 120 m ; des plongées régulières au-delà de 200 m ont été mesurées en Nouvelle-Calédonie.
Profondeur : 0 – 120 m
Repères pour le plongeur
Dans le lagon de Mayotte, la raie manta de récif se montre surtout d'avril à septembre. Approchez en petit groupe serré près de la surface, sans l'encercler, la toucher ni la poursuivre.
Meilleure saison : Avril · Mai · Juin · Juillet · Août · Septembre
Biologie
Alimentation
Filtreur : plancton et petits crustacés, guidés vers la bouche par les nageoires céphaliques ; occasionnellement de petits poissons.
Reproduction
Ovovivipare. Gestation de 12 à 13 mois selon FishBase ; un petit, parfois deux, d'environ 1,5 m d'envergure à la naissance. Une portée tous les 2 ans en moyenne (1 à 5 ans). Maturité vers 2,5 à 3 m d'envergure chez le mâle, 3 à 4 m chez la femelle.
Conservation
Vulnérable (UICN)
Vulnérable (VU) sur la liste rouge mondiale de l'UICN, évaluation du 9 novembre 2018 selon FishBase. Inscrite à l'annexe II de la CITES et aux annexes I et II de la CMS. À Mayotte, l'arrêté du 28 juin 2018 (article 12) interdit de la pêcher, la transporter, la transformer, la vendre ou l'acheter.
Espèces ressemblantes
- Manta géante (Mobula birostris) : taches d'épaule qui ne se rejoignent pas au milieu du dos, à bord avant parallèle à la bouche ; ventre sans points noirs entre les fentes branchiales ; petite épine à la base de la queue. Sa présence à Mayotte n'est pas clairement établie selon le Parc naturel marin.
Classification
- Règne
- Animal
- Groupe
- Requins & raies
Identification
La raie manta de récif est une très grande raie au corps aplati, deux fois et demie plus large que long environ. À Mayotte, le Parc naturel marin lui donne 4 à 5 m d’envergure. DORIS fixe le maximum à 5,5 m, FishBase à 4,5 m. Le Parc avance aussi un poids de 150 kg au plus, un chiffre à prendre avec prudence pour un animal de cette envergure. Elle nage en battant ses nageoires pectorales de haut en bas, comme si elle volait.
À l’avant, la bouche est large, rectangulaire et placée tout au bout de la tête, et non dessous. Elle est encadrée de deux nageoires céphaliques, enroulées en spirale pendant la nage et déroulées quand l’animal se nourrit. Le dos est noir à bleu nuit, marqué de deux grandes taches blanches d’épaule. Leur bord avant s’incurve vers le milieu du dos et, derrière les spiracles, elles dessinent un crochet rabattu vers le centre. Le ventre est blanc, constellé de points noirs dont la disposition est propre à chaque individu.
Le risque de confusion porte sur la manta géante, Mobula birostris. DORIS donne trois critères. Chez la géante, les taches d’épaule ne se rejoignent pas et leur bord avant reste parallèle à la bouche. Son ventre n’a pas de points noirs entre les fentes branchiales. Enfin, sa queue porte une petite épine que la manta de récif n’a pas. Le mâle se reconnaît à ses deux ptérygopodes, à la base de la queue.
Où et quand l’observer à Mayotte
Le Parc naturel marin de Mayotte signale la raie manta de récif dans le lagon, le long des côtes et des zones récifales où l’eau est riche en plancton. Il la dit présente d’avril à septembre et lie sa venue à l’abondance de nourriture. La manta géante pourrait fréquenter les eaux de l’île, mais sa présence n’y est pas clairement établie.
Ailleurs dans son aire, DORIS la décrit comme une espèce des eaux côtières, des récifs et souvent des passes, observée surtout près de la surface et rarement au-delà de 40 m. Elle peut pourtant descendre bien plus bas : en Nouvelle-Calédonie, des balises ont enregistré des plongées régulières au-delà de 200 m, et jusqu’à 672 m de nuit. FishBase retient une fourchette de 0 à 120 m.
Biologie et comportement
C’est un filtreur. Les nageoires céphaliques dirigent vers la bouche le plancton, les petits crustacés et parfois de petits poissons. Elle vit le plus souvent en petits groupes. DORIS la décrit comme placide et curieuse, et le Parc marin note qu’elle s’approche souvent des plongeurs. Elle visite les stations de nettoyage, où des labres nettoyeurs (Labroides dimidiatus) lui nettoient les fentes branchiales. Un rémora, Remorina albescens, l’accompagne souvent.
L’espèce est ovovivipare : les œufs éclosent dans le ventre de la mère, qui nourrit ensuite les embryons d’un fluide riche en graisses et en protéines. Après une gestation de 12 à 13 mois, la femelle donne naissance à un petit, parfois deux, d’environ 1,5 m d’envergure. Elle ne se reproduit en moyenne que tous les deux ans. Cette fécondité très faible explique sa fragilité face à la pêche.
Statut et protection
L’UICN classe la manta de récif « Vulnérable » (VU) ; FishBase date l’évaluation en vigueur du 9 novembre 2018. Elle figure à l’annexe II de la CITES depuis 2013 et aux annexes I et II de la Convention sur les espèces migratrices. DORIS cite la pêche ciblée pour les filtres branchiaux, exportés vers l’Asie, et les captures accidentelles parmi les menaces, notamment au Mozambique et à Madagascar. À Mayotte, l’arrêté du 28 juin 2018 interdit de la pêcher, de la transporter, de la transformer, de la vendre et de l’acheter.
Bien l’observer et la photographier
Le Parc marin fixe des consignes précises. En bateau, ralentissez à environ 300 m de la zone, coupez le moteur et restez à une cinquantaine de mètres des raies. Si un autre bateau observe déjà, revenez plus tard, et ne dépassez pas une vingtaine de minutes. Dans l’eau, approchez en petit groupe serré près de la surface. N’encerclez pas les raies, ne nagez pas collé à elles et ne les poursuivez pas. Ne les touchez jamais : leur peau est protégée par un mucus que le contact arrache, ce qui les expose aux infections.
Pour la photo, un objectif grand-angle s’impose, car une manta de 4 m remplit vite le cadre. Laissez-la venir à vous plutôt que de la suivre. Si elle passe au-dessus, visez le ventre : ses points noirs permettent d’identifier l’individu, et le Parc marin renvoie au site TsiÔno, qui propose un guide d’identification des raies de Mayotte.