Fiche n° 1190 · Flore · Éponges & tuniciers
Éponge encroutante
Phyllospongia foliascens
Référence : https://silencejeplonge.fr/faune-flore/fiche/mayotte-flore-eponge-encroutante/
Clé d'identification
- Lame souple et épaisse, enroulée ou incurvée en coupe ou en éventail, de 15 à 20 cm de large et de haut.
- Couleur crème à blanc jaunâtre sur le vivant.
- Surface couverte de petits nodules dispersés, souvent saupoudrés de sable.
- Oscules de 1 à 2 mm, regroupés sur une seule face de la lame.
- Consistance coriace et élastique, sans squelette calcaire ni polypes.
- Fixée sur les bords des gros massifs coralliens, dans les eaux claires comme dans les eaux chargées.
Noms
- Nom usuel
- Éponge encroutante
- Nom scientifique
- Phyllospongia foliascens
- Autres noms
- Éponge en coupe · Cup sponge
- Synonymes
- Carteriospongia foliascens · Carteriospongia lamellosa · Phyllospongia lamellosa · Spongia foliascens
Distribution géographique
Indo-Pacifique tropical, de la mer Rouge et de l'Afrique de l'Est (Kenya, Zanzibar, Madagascar, Seychelles, Chagos) jusqu'à l'Australie et au Pacifique. À Mayotte, des observations validées sont signalées dans le lagon (Tsingoni, Bandrélé).
Zones : Lagon — Océan Indien
Biotope
Récifs coralliens peu profonds, fixée aux bords des massifs coralliens, de 2 à 24 m environ. Supporte une eau turbide et un peu d'envasement, mais dépend de la lumière.
Profondeur : 2 – 24 m
Repères pour le plongeur
Malgré son nom, cette éponge forme des lames en coupe ou en éventail, crème à jaunâtres, accrochées aux massifs coralliens du lagon de Mayotte. Ne la touchez pas et ne soulevez pas de sédiment : elle vit en partie de la lumière captée par ses bactéries.
Meilleure saison : Toute l'année
Biologie
Alimentation
Filtreur : retient les particules en suspension. Une grande part de son énergie vient aussi de la photosynthèse de cyanobactéries symbiotiques (Synechococcus).
Reproduction
Reproduction sexuée avec larves nageuses qui se fixent ensuite sur le substrat. Une grande partie de son microbiote est transmise directement des parents aux larves.
Conservation
Non évalué (UICN)
Non évaluée (NE) sur la liste rouge de l'UICN (version 2025-2, selon SeaLifeBase). Très sensible à la turbidité et à la perte de lumière : en laboratoire, 90 % des individus meurent après quatre semaines à 100 mg/L de sédiments en suspension, et le blanchiment est irréversible.
Espèces ressemblantes
- Phyllospongia papyracea (syn. Carteriospongia madagascarensis) : autre éponge foliacée du même genre, signalée à Madagascar ; la distinction sûre demande un examen du squelette.
- Coraux en coupe ou en lame (Turbinaria) : ils ont un squelette calcaire dur et des polypes visibles, alors que l'éponge est souple et percée d'oscules.
Classification
- Règne
- Végétal / algue
- Groupe
- Éponges & tuniciers
Identification
Malgré son nom, cette éponge n’a rien d’une croûte. Phyllospongia foliascens forme une lame épaisse et souple, enroulée ou incurvée, qui dessine une coupe ou un éventail de 15 à 20 cm de large et de haut. Les chercheurs australiens l’appellent d’ailleurs l’éponge en coupe. C’est un animal : un spongiaire au squelette de fibres de spongine, et non une algue ni un corail.
Sur le vivant, sa couleur va du crème au blanc jaunâtre. La surface porte de petits nodules dispersés, souvent saupoudrés de sable. Les oscules, ces orifices par lesquels l’eau filtrée ressort, mesurent 1 à 2 mm et se regroupent sur une seule face de la lame. Au toucher, la matière est coriace et élastique.
On peut la confondre avec les coraux durs en coupe du genre Turbinaria, qui ont la même silhouette. Le corail a un squelette calcaire rigide et des polypes, l’éponge n’a ni l’un ni l’autre. Une autre éponge foliacée du même genre, Phyllospongia papyracea, est signalée à Madagascar. Les deux ne se séparent avec certitude qu’en examinant le squelette au microscope.
L’ancien nom de genre, Carteriospongia, est aujourd’hui rangé par WoRMS en synonyme de Phyllospongia. Vous le trouverez encore dans beaucoup de guides et d’articles.
Où et quand l’observer à Mayotte
L’espèce est répandue dans l’Indo-Pacifique tropical, de la mer Rouge et de la côte est-africaine (Kenya, Zanzibar, Madagascar, Seychelles, Chagos) jusqu’à l’Australie. À Mayotte, GBIF recense deux observations validées dans le lagon, l’une près de Tsingoni, l’autre près de Bandrélé.
Cherchez-la sur les récifs peu profonds, entre 2 et 24 m environ, accrochée au bord des gros massifs coralliens. Elle tolère une eau trouble et un peu de vase, ce qui la rend visible aussi dans les zones du lagon proches de la côte. Fixée et vivace, elle s’observe toute l’année.
Biologie et comportement
Comme toutes les éponges, elle filtre l’eau pour en retenir les particules. Mais une grande part de son énergie vient de la lumière : ses tissus hébergent une communauté de cyanobactéries très spécialisée, dominée par un Synechococcus. Sa croissance suit d’ailleurs la quantité de pigments photosynthétiques qu’elle contient.
Cette dépendance la rend fragile. En laboratoire, des individus privés de lumière ont blanchi en une semaine, perdu leurs cyanobactéries, puis sont tous morts. Exposée pendant quatre semaines à 100 mg/L de sédiments en suspension, 90 % des éponges sont mortes. Les chercheurs en ont fait un indicateur des effets des dragages.
Elle se reproduit par des larves nageuses qui se fixent ensuite sur le fond. Une grande partie de son microbiote passe directement des parents aux larves. Ces larves souffrent elles aussi des sédiments : les particules fines collent à leurs cils, perturbent leur nage et réduisent leur fixation.
Statut et protection
L’espèce n’est pas évaluée (NE) sur la liste rouge de l’UICN, selon SeaLifeBase (version 2025-2). Elle n’est inscrite ni à la CITES ni à la CMS. Aucune protection propre n’a été trouvée pour Mayotte dans les sources consultées. Sa vraie menace est la dégradation de l’eau : envasement, turbidité et perte de lumière.
Bien l’observer et la photographier
Restez au-dessus et à côté de la coupe, jamais dedans. Un coup de palme qui soulève la vase la recouvre de sédiment et la prive de lumière, les deux stress qui la tuent en laboratoire. Ne la touchez pas et ne la soulevez pas pour voir sa face cachée.
Pour la photo, un cadrage de trois quarts par le dessus montre la forme en entonnoir et le relief des nodules. Une lumière rasante fait ressortir la texture. Un éclairage d’appoint rend sa teinte crème ou jaunâtre, que l’eau verdit vite à distance. Une teinte blanche ou délavée peut signaler un individu blanchi : notez-le plutôt que de vous approcher.
Sources
- WoRMS : Phyllospongia foliascens (Pallas, 1766)
- WoRMS : liste des noms Carteriospongia
- WoRMS : Phyllospongia papyracea (Esper, 1806)
- SeaLifeBase : Carteriospongia foliascens
- GBIF : observations de Phyllospongia foliascens à Mayotte
- Pineda et al. 2017, Scientific Reports : effets des sédiments en suspension
- Pineda et al. 2016, Scientific Reports : effets de la baisse de lumière
- Wacira et al. 2025, International Journal of Microbiology : éponges du Kenya
- Abdul Wahab et al. 2019, Science of the Total Environment : sédiments et larves (résumé Europe PMC)
- Luter et al. 2020, Environmental Microbiology : transmission du microbiote (résumé)