Fiche n° 1246 · Flore · Cnidaires (coraux & anémones)
Corail noir
Antipathes
Référence : https://silencejeplonge.fr/faune-flore/fiche/mexique-flore-corail-noir/
Clé d'identification
- Colonie souple en arbuste, en plume, en éventail ou en fouet, fixée par une base élargie.
- Tissu vivant coloré (brun, orangé, jaunâtre ou blanc) : le squelette noir ne se voit que sur une colonie morte ou coupée.
- Polypes minuscules, de 1 à 2 mm, à six tentacules seulement, alignés le long des rameaux.
- Squelette corné et flexible, hérissé de fines épines, sans calcaire.
- Sur les tombants profonds, le plus souvent au-delà de 40 à 50 m.
Noms
- Nom usuel
- Corail noir
- Nom scientifique
- Antipathes
- Autres noms
- Antipathaire · Corail noir tropical · Coral negro · Black coral
Distribution géographique
Toutes les mers, de la surface aux grands fonds. Au Mexique, le genre est signalé côté Caraïbes (Quintana Roo, notamment Cozumel) et côté Pacifique (Basse-Californie, Basse-Californie du Sud, Sonora, Jalisco, Colima), d'après les données GBIF.
Zones : Caraïbes · Yucatán · Pacifique mexicain — Amérique
Biotope
Tombants et pentes récifales profondes, balayés par le courant. À Cozumel, les colonies ont été relevées entre 18 et 80 m, avec un maximum entre 50 et 70 m selon les espèces.
Profondeur : 18 – 80 m
Repères pour le plongeur
Le corail noir des tombants profonds de Cozumel est un animal, pas une plante. Récolté pour la bijouterie jusqu'en 1995, il se reconstitue mal : regardez-le sans jamais le toucher.
Meilleure saison : Toute l'année
Biologie
Alimentation
Carnivore planctonophage : les polypes capturent le zooplancton porté par le courant.
Reproduction
Reproduction sexuée (polypes mâles ou femelles) et asexuée par bourgeonnement. Chez les espèces étudiées, maturité sexuelle après 10 à 12 ans de croissance.
Conservation
Statut non précisé
Pas d'évaluation UICN pour le genre dans son ensemble. Tous les coraux noirs sont inscrits à l'annexe II de la CITES depuis 1981. À Cozumel, la récolte, commencée dans les années 1960, s'est arrêtée en 1995 ; en 2016, la densité de Plumapathes pennacea restait plus basse qu'en 1998 (Gress et Andradi-Brown, 2018).
Espèces ressemblantes
- Gorgone plume (Antillogorgia sp.) : octocoralliaire dont les polypes portent huit tentacules, plus fréquente en eau moins profonde.
- Gorgone éventail (Gorgonia ventalina) : éventail en réseau serré, violet ou jaune, polypes à huit tentacules.
- Corail fil de fer (Stichopathes lutkeni) : autre corail noir, mais à tige unique non ramifiée, souvent enroulée en spirale.
Classification
- Règne
- Végétal / algue
- Groupe
- Cnidaires (coraux & anémones)
Identification
Le corail noir n’est ni une plante ni une algue : c’est un animal, un cnidaire de l’ordre des antipathaires, parent des anémones et des coraux durs. Son nom vient de son squelette, une matière cornée noire et souple, hérissée de minuscules épines et dépourvue de calcaire. Sous l’eau, vous ne verrez presque jamais ce noir. Il est caché sous un tissu vivant brun, orangé, jaunâtre ou blanchâtre, où s’alignent des polypes de 1 à 2 mm. Le critère décisif se voit en macro : chaque polype porte six tentacules.
Les formes varient beaucoup : arbuste, plume, éventail ou simple fouet. À Cozumel, deux espèces ont fait l’objet d’un suivi. Plumapathes pennacea (autrefois Antipathes pennacea), le corail noir plumeux, a des branches brun orangé garnies de fins rameaux gris translucides disposés en plume. Antipathes caribbeana, que WoRMS range aujourd’hui dans le genre Opreskopathes, forme des buissons. Le corail fil de fer, Stichopathes lutkeni, est lui aussi un corail noir : une seule tige non ramifiée, souvent enroulée en spirale, qui peut dépasser 4 m.
La confusion la plus courante se fait avec les gorgones. Celles-ci appartiennent aux octocoralliaires : leurs polypes portent huit tentacules plumeux, contre six chez le corail noir.
Où et quand l’observer au Mexique
Côté Caraïbes, le site de référence est Cozumel, longtemps réputée pour ses bancs denses de corail noir. Lors d’un relevé de 1998, les colonies se trouvaient entre 18 et 80 m. P. pennacea était la plus fréquente entre 50 et 60 m, A. caribbeana entre 60 et 70 m. En 2016, le suivi a été refait à 55 m sur huit sites du sud-ouest de l’île, dont cinq dans le parc marin. Autrement dit, la plupart des colonies sont hors de portée de la plongée loisir classique : il faut longer les tombants en plongée profonde encadrée.
Côté Pacifique, GBIF recense des observations du genre en Basse-Californie du Sud, en Basse-Californie, au Sonora, au Jalisco et à Colima. Antipathes galapagensis y est l’espèce la plus citée. Les coraux noirs sont strictement marins : on ne les trouve pas dans les cénotes. Aucune saison particulière n’est documentée. La colonie est fixée et visible toute l’année.
Biologie et comportement
Le corail noir est un carnivore. Ses polypes capturent le zooplancton porté par le courant, d’où sa préférence pour les tombants exposés. Chez le corail fil de fer, DORIS précise que les polypes s’ouvrent la nuit et se rétractent le jour. La colonie grandit par bourgeonnement et se reproduit aussi par voie sexuée, chaque polype étant mâle ou femelle. Chez les espèces étudiées, la maturité n’arrive qu’après 10 à 12 ans. La croissance est lente : un arbre de 1,8 m aurait de 30 à 40 ans. Sur le corail fil de fer, DORIS signale un petit copépode, une crevette et un ver qui vivent sur la colonie.
Statut et protection
L’UICN n’a pas évalué le genre dans son ensemble, et cette fiche ne retient donc aucune catégorie. Tous les coraux noirs sont inscrits à l’annexe II de la CITES depuis 1981 : leur commerce international exige un permis. À Cozumel, la récolte pour la bijouterie a commencé dans les années 1960. Elle a atteint 1 000 à 1 500 kg par an à la fin des années 1980, puis s’est arrêtée en 1995, et aucun permis n’a été délivré depuis. En 2016, la densité de P. pennacea restait pourtant nettement plus basse qu’en 1998. Les auteurs de l’étude relevaient aussi que la liste mexicaine des espèces protégées (NOM-059) visait alors des coraux noirs jamais recensés au Mexique.
Bien l’observer et la photographier
Ces colonies vivent profond, souvent au-delà de 40 m. Ne les cherchez que dans les limites de votre niveau, avec une gestion stricte de l’air et de la décompression. Ne vous accrochez jamais à une branche pour lutter contre le courant : le tissu vivant s’arrache, et la colonie met des décennies à repousser. Les spirales du corail fil de fer peuvent aussi accrocher votre matériel, alors gardez vos flexibles bien rangés.
Pour la photo, une lampe ou un flash rend au tissu les couleurs que la profondeur efface. En macro, cherchez la rangée de polypes et leurs six tentacules : c’est la preuve qu’il s’agit bien d’un antipathaire et non d’une gorgone. Et à terre, n’achetez aucun bijou en corail noir.
Sources
- DORIS (FFESSM) : Antipathes spp., Corail noir tropical
- DORIS (FFESSM) : Plumapathes pennacea, Corail noir plumeux
- DORIS (FFESSM) : Stichopathes lutkeni, Corail fil de fer
- WoRMS : Antipathes Pallas, 1766
- GBIF : Antipathes
- Gress et Andradi-Brown (2018), coraux noirs surexploités de Cozumel, PeerJ
- Wikipédia (anglais) : Antipatharia