Fiche n° 1234 · Flore · Cnidaires (coraux & anémones)

Gorgone plume

Antillogorgia spp.

Amérique Caraïbes Yucatán

Référence : https://silencejeplonge.fr/faune-flore/fiche/mexique-flore-gorgone-plume/

Gorgone plume (Antillogorgia spp.)
Photo : James St. John — CC BY 2.0 — source

Clé d'identification

  • Colonie dressée en forme de plume, de 30 cm à environ 2 m de haut selon l'espèce.
  • Branches principales garnies de fines ramilles serrées disposées des deux côtés, comme les barbes d'une plume.
  • Ramilles libres, jamais soudées en réseau (contrairement à la gorgone éventail).
  • Couleur variable : violet, pourpre, brun ou jaunâtre ; polypes s'ouvrant en fentes alignées le long des ramilles.
  • Colonie souple qui ondule avec la houle, souvent orientée en travers du courant.

Noms

Nom usuel
Gorgone plume
Nom scientifique
Antillogorgia spp.
Autres noms
Gorgones des Antilles · Plume de mer · Sea plume
Synonymes
Pseudopterogorgia spp.

Distribution géographique

Atlantique ouest tropical : Caraïbes, Bahamas, Floride, golfe du Mexique. Au Mexique : côte caraïbe du Quintana Roo (Isla Mujeres, Akumal, Chemuyil, Mahahual, Xcalak, Banco Chinchorro) et récifs du banc de Campeche (Arrecife Alacranes), d'après les occurrences GBIF. Absente du Pacifique.

Zones : Caraïbes · Yucatán — Amérique

Biotope

Récifs coralliens et fonds durs des Caraïbes, des platiers peu profonds jusqu'aux tombants ; certaines espèces préfèrent les avant-récifs calmes et les tombants profonds.

Profondeur : 1 – 55 m

Repères pour le plongeur

Gorgone en forme de plume des récifs caraïbes du Mexique, visible toute l'année de 1 à plus de 30 m. Ses polypes s'ouvrent surtout la nuit pour capturer le plancton.

Meilleure saison : Janvier · Février · Mars · Avril · Mai · Juin · Juillet · Août · Septembre · Octobre · Novembre · Décembre

Biologie

Alimentation

Polypes qui capturent zooplancton, détritus et microbes, surtout la nuit ; algues symbiotiques (zooxanthelles) logées dans les tissus, qui fournissent des sucres à la colonie.

Reproduction

Sexes séparés. Chez A. elisabethae, les femelles retiennent les œufs fécondés sur leurs polypes 1 à 2 jours, puis les larves restent 2 à 4 jours sur la colonie avant de nager ; pic de reproduction de novembre à janvier. La colonie grandit ensuite par bourgeonnement.

Conservation

Statut non précisé

Pas de statut UICN vérifié pour le genre (A. elisabethae est « non évaluée » selon Animal Diversity Web, consulté en 2026). A. elisabethae est récoltée dans les Caraïbes pour ses pseudoptérosines (cosmétique, antalgiques). Ne pas toucher ni arracher les colonies.

Espèces ressemblantes

  • Autres gorgones plumes (Antillogorgia americana, A. bipinnata, A. acerosa…) : espèces presque impossibles à distinguer à l'œil sous l'eau, d'où une identification au genre.
  • Gorgone éventail (Gorgonia ventalina) : même famille, mais ses branches se soudent en un réseau plat en forme d'éventail, alors que les ramilles de la gorgone plume restent libres.

Classification

Règne
Végétal / algue
Groupe
Cnidaires (coraux & anémones)

Identification

Malgré son rangement parmi la « flore » du site, la gorgone plume n’est pas une plante. C’est un animal colonial, un octocoralliaire de la famille des Gorgoniidae : chaque colonie réunit de nombreux polypes reliés autour d’un axe souple. Les plumes de mer des Caraïbes ont longtemps été classées dans le genre Pseudopterogorgia. En 2012, Williams et Chen les ont placées dans le genre Antillogorgia, que WoRMS retient aujourd’hui. Pseudopterogorgia ne désigne plus que des espèces de l’Indo-Pacifique.

La silhouette ne trompe pas : une ou plusieurs branches dressées, garnies des deux côtés de fines ramilles serrées, comme les barbes d’une plume. La colonie mesure de 30 cm à environ 2 m selon l’espèce. Sa couleur va du violet au pourpre, au brun ou au jaunâtre. Chez A. bipinnata, les ramilles, raides et légèrement aplaties, portent les polypes en double rangée de petites fentes.

Le guide Reef Guide prévient que les différentes espèces d’Antillogorgia sont presque impossibles à distinguer à l’œil. C’est pourquoi cette fiche s’en tient au genre. La confusion avec la gorgone éventail est en revanche facile à éviter : chez elle, les branches se soudent en un réseau plat, alors que les ramilles de la plume restent libres.

Où et quand l’observer au Mexique

Le genre ne vit que dans l’Atlantique ouest tropical : Caraïbes, Bahamas, Floride et golfe du Mexique. Il est absent de la façade Pacifique du Mexique. Les occurrences publiées sur GBIF situent les plumes de mer mexicaines sur la côte caraïbe du Quintana Roo (Isla Mujeres, Akumal, Chemuyil, Mahahual, Xcalak, Banco Chinchorro) et sur l’Arrecife Alacranes, au large du Yucatán. Reef Guide présente aussi des photos prises à Cozumel.

Selon l’espèce, on la trouve de 1 à 55 m environ. Sur les récifs mexicains, les spécimens de musée vont de 1,5 m sur l’Arrecife Alacranes à 37 m dans la baie de Campeche. A. elisabethae préfère les avant-récifs calmes et les tombants, vers 25 à 30 m. La colonie est fixée : elle s’observe toute l’année.

Biologie et comportement

La gorgone plume se nourrit de deux façons. Ses tissus abritent des zooxanthelles, algues symbiotiques qui lui fournissent des sucres. La nuit, ses polypes s’ouvrent pour capturer zooplancton, détritus et microbes ; le jour, ils restent le plus souvent rétractés. La colonie pousse souvent en travers du courant, ce qui augmente la quantité d’eau filtrée.

Les sexes sont séparés. Chez A. elisabethae, les mâles libèrent leur sperme dans l’eau. Les femelles gardent les œufs fécondés sur leurs polypes pendant un à deux jours, puis les larves restent encore deux à quatre jours sur la colonie avant de nager. Elles se fixent le plus souvent à quelques centaines de mètres de leur mère. La reproduction culmine de novembre à janvier.

La colonie se défend chimiquement. A. elisabethae produit des pseudoptérosines, des diterpènes qui repoussent la plupart des prédateurs. Le gastéropode Cyphoma gibbosum (flamingo tongue en anglais) parasite pourtant les gorgones en général et se nourrit de leurs tissus.

Statut et protection

Aucune évaluation UICN n’a pu être vérifiée pour le genre. Animal Diversity Web indique qu’A. elisabethae n’est pas évaluée et ne bénéficie d’aucun statut particulier, ni aux États-Unis ni à la CITES. Cette espèce est pourtant récoltée dans les Caraïbes : ses pseudoptérosines entrent dans des crèmes cosmétiques et des antalgiques.

Bien l’observer et la photographier

Plongez de nuit pour voir les polypes ouverts, qui restent le plus souvent rétractés le jour. Inspectez aussi les ramilles à la lampe : Cyphoma gibbosum s’y installe pour brouter les tissus. En journée, photographiez la plume en contre-plongée, sur le bleu, pour détacher sa silhouette. Comme elle ondule avec la houle, prévoyez une vitesse d’obturation rapide.

Ne vous accrochez pas aux branches pour vous stabiliser et ne frottez pas les ramilles : la colonie est un animal vivant, fixé, qui ne se déplace pas pour fuir. Gardez vos palmes loin de son pied et évitez de soulever le sédiment qui la recouvre.

Sources