Fiche n° 1084 · Flore · Cnidaires (coraux & anémones)
Corail mou sacrophyton
Sarcophyton glaucum
Référence : https://silencejeplonge.fr/faune-flore/fiche/egypte-flore-corail-mou-sacrophyton/
Clé d'identification
- Colonie molle sans squelette massif, en forme de champignon : un pied lisse et stérile surmonté d'un disque charnu, le capitule.
- Bord du capitule souvent plissé en grandes boucles chez les colonies développées.
- Surface du capitule couverte de polypes à huit tentacules, qui lui donnent un aspect velouté quand ils sont sortis.
- Surface lisse, d'aspect cuir, quand les polypes sont rétractés.
- Colonies jusqu'à 80 cm ; l'espèce exacte ne se confirme qu'au microscope, par les sclérites.
Noms
- Nom usuel
- Corail mou sacrophyton
- Nom scientifique
- Sarcophyton glaucum
- Autres noms
- Corail-cuir · Corail-champignon · Alcyonaire champignon · Toadstool leather coral
- Synonymes
- Alcyonium glaucum · Sarcophytum glaucum · Sarcophyton gracile · Sarcophyton tenuis · Sarcophyton bicolor
Distribution géographique
De la mer Rouge au Pacifique ouest (Taïwan, Okinawa, Palaos, Nouvelle-Calédonie). En Égypte, attesté sur la côte de Hurghada (récolte scientifique de juin 2009) et au Sinaï, à Ras Katy près de Charm el-Cheikh (photo de 2022).
Zones : Mer Rouge · Sinaï — Afrique
Biotope
Platiers, lagons et pentes externes peu profondes ; aussi sur fonds meubles et récifs côtiers turbides. Colonie fixée qui vit en partie de la lumière grâce à ses algues symbiotiques.
Profondeur : 0 – 26 m
Repères pour le plongeur
Gros corail mou en champignon, au pied lisse et au disque plissé couvert de polypes, observé sur les récifs peu profonds de Hurghada et du Sinaï. Approchez-le sans le toucher ni le heurter avec vos palmes.
Meilleure saison : Toute l'année
Biologie
Alimentation
Mixte : sucres fournis par ses dinoflagellés symbiotiques (Symbiodiniaceae) et capture de particules en suspension.
Reproduction
Ponte sexuée annuelle, brève et synchrone (Benayahu et Loya, 1986) ; gamètes émis par la bouche des polypes, larve planula planctonique qui se fixe puis se métamorphose.
Conservation
Non évalué (UICN)
Non évalué (NE) sur la liste rouge mondiale de l'UICN, version 2025-2, selon SeaLifeBase. Aucune réglementation propre à cette espèce en Égypte dans les sources consultées.
Espèces ressemblantes
- Autres Sarcophyton de mer Rouge (S. trocheliophorum, S. cinereum…) : même silhouette en champignon ; la distinction repose sur les sclérites observés au microscope, pas sur l'aspect sous l'eau.
- Corail-cuir lobé (Lobophytum) : autre corail mou de mer Rouge, dont la surface porte des lobes ou des rameaux digités plutôt qu'un disque plissé.
Classification
- Règne
- Végétal / algue
- Groupe
- Cnidaires (coraux & anémones)
Identification
Malgré son classement parmi la « flore » du site, le sarcophyton est un animal : une colonie de polypes, un corail mou de la famille des Sarcophytidae, chez les octocoralliaires. Il n’a pas de squelette massif comme les coraux durs. Sa tenue vient de minuscules spicules calcaires, les sclérites, répartis dans ses tissus, et de l’eau qui gonfle la colonie.
Sa silhouette est celle d’un gros champignon. Un pied lisse, dépourvu de polypes, porte un disque charnu appelé capitule. Sur les colonies développées, le bord de ce disque se plisse en grandes boucles, comme sur la photo prise au Sinaï. La surface est hérissée de polypes à huit tentacules : sortis, ils donnent au disque un aspect de velours ; rétractés, ils laissent une surface lisse, d’où le nom de corail-cuir. La colonie peut atteindre 80 cm. DORIS montre aussi, sur ce genre, les siphonozoïdes, de petits polypes sans tentacules visibles entre les grands.
Méfiez-vous de l’excès de précision. Les chercheurs eux-mêmes n’arrivent pas à séparer Sarcophyton glaucum de S. cinereum par les sclérites, et les analyses génétiques suggèrent que S. glaucum regroupe plusieurs espèces cryptiques. Sous l’eau, vous reconnaîtrez sans peine un Sarcophyton ; le nom d’espèce reste une hypothèse. Le genre voisin Lobophytum, également présent en mer Rouge, porte plutôt des lobes ou des rameaux digités à sa surface.
Où et quand l’observer en Égypte
DORIS cite la mer Rouge parmi les régions où vit le genre, où l’espèce compte parmi les coraux-cuir les plus répandus selon une synthèse citée par Wikipédia. En Égypte, sa présence est attestée sur la côte de Hurghada, où des colonies ont été récoltées en juin 2009 pour une étude de chimie publiée dans Marine Drugs, et au Sinaï, à Ras Katy près de Charm el-Cheikh, où a été prise la photo de cette fiche. Les sources consultées ne le signalent pas nommément à Marsa Alam ni dans le Grand Sud, ce qui ne prouve pas son absence.
Cherchez-le sur les platiers, dans les lagons et sur le haut des pentes externes. Les observations publiées sur le genre vont de 2 à 26 m, et l’espèce tolère aussi les eaux côtières turbides et les fonds meubles. Fixé au récif, il se voit toute l’année.
Biologie et comportement
Le sarcophyton loge dans ses tissus des dinoflagellés symbiotiques de la famille des Symbiodiniaceae, la même que celle des algues des coraux durs. Ces algues lui fournissent des sucres par photosynthèse, mais la colonie se nourrit aussi en capturant des particules en suspension. Sa croissance est lente : de l’ordre d’un centimètre par an, d’après une mesure sur la Grande Barrière citée par une étude de 2020.
Une étude de 1986 décrit chez cette espèce une ponte sexuée annuelle, brève et synchronisée entre colonies. Les gamètes sortent par la bouche des polypes ; la larve, une planula, dérive dans le plancton avant de se fixer et de fonder une nouvelle colonie.
Le corail produit des terpènes, dont la sarcophine, étudiés en laboratoire pour leurs effets sur des cellules cancéreuses. Les chimistes y voient la principale défense des coraux mous contre leurs prédateurs. Elle n’est pas absolue : DORIS montre un ovule, Ovula ovum, installé sur un sarcophyton, dans une galerie consacrée à ses prédateurs.
Statut et protection
L’UICN n’a pas évalué l’espèce (NE, liste rouge version 2025-2, selon SeaLifeBase). Les sources consultées ne mentionnent aucune réglementation propre à ce corail en Égypte. « Non évalué » ne signifie pas « hors de danger » : faute d’évaluation, on ignore l’état de ses populations.
Bien l’observer et la photographier
Restez au-dessus ou à côté de la colonie, flottabilité réglée, palmes loin du pied : le disque est mou et cède sous un contact. Ne le touchez pas pour voir les polypes se rétracter. Pour la photo, une vue plongeante met en valeur les plis du capitule ; un plan rapproché, polypes sortis, montre les huit tentacules et les siphonozoïdes entre eux. Inspectez le bord du disque, où un ovule peut être posé. Si vous voulez proposer un nom d’espèce, notez le lieu et la profondeur, sans rien prélever.
Sources
- DORIS (FFESSM) : Sarcophyton, alcyonaire champignon
- WoRMS : Sarcophyton glaucum (Quoy & Gaimard, 1833)
- SeaLifeBase : Sarcophyton glaucum
- Aratake et al., 2012, PLoS ONE : diversité et chimiotypes des Sarcophyton
- Marine Drugs, 2012 : cembranoïdes de Sarcophyton glaucum récolté à Hurghada
- Scientific Reports, 2020 : culture et physiologie de Sarcophyton glaucum
- Benayahu et Loya, 1986, Biological Bulletin : ponte annuelle synchrone de Sarcophyton glaucum
- Wikipédia (anglais) : Sarcophyton glaucum
- Wikimedia Commons : photo de Ras Katy, Charm el-Cheikh