Fiche n° 1118 · Faune · Invertébrés

Cigale de mer

Scyllarides latus

Europe Méditerranée Corse

Référence : https://silencejeplonge.fr/faune-flore/fiche/france-faune-cigale-de-mer/

Cigale de mer (Scyllarides latus)
Photo : Wolljuergen at German Wikipedia — Public domain — source

Clé d'identification

  • Crustacé trapu, aplati de haut en bas, de 25 à 30 cm le plus souvent, à la silhouette proche d'une langouste.
  • Antennes transformées en larges palettes plates et segmentées, bordées de violet, à l'avant de la tête.
  • Carapace rugueuse et grenue, beige rougeâtre à brun rougeâtre.
  • Une seule tache rouge foncé cerclée de clair à la jonction entre le céphalothorax et l'abdomen.
  • Pattes dépourvues de pinces (sauf la cinquième paire de la femelle, qui entretient les œufs).

Noms

Nom usuel
Cigale de mer
Nom scientifique
Scyllarides latus
Autres noms
Grande cigale de mer · Grande cigale · Grosse cigale · Grand scyllare · Homard plat · Maciette
Synonymes
Scyllarus latus · Pseudibacus veranyi

Distribution géographique

Atlantique Est, du Portugal au golfe de Guinée et au Sénégal, et toute la Méditerranée. En France : côtes méditerranéennes, Corse comprise.

Zones : Méditerranée · Corse — Europe

Biotope

Fonds rocheux : grottes, failles, surplombs, dessous des dalles isolées dans l'herbier de posidonie et cavités du coralligène, de 3 m à plus de 100 m. Souvent accrochée au plafond des cavités, tête en bas.

Profondeur : 3 – 100 m

Repères pour le plongeur

Grande cigale de Méditerranée, aux antennes en palettes bordées de violet, qui se cache de jour au plafond des grottes et des failles. Espèce intégralement protégée en France : on l'observe sans la toucher ni la déloger.

Meilleure saison : Juin · Juillet · Août

Biologie

Alimentation

Petits invertébrés, surtout des mollusques (patelles, ormeaux, crépidules) et des crustacés ; occasionnellement nécrophage.

Reproduction

Rassemblements de fin de printemps et d'été, parfois de plusieurs dizaines d'individus, sur les mêmes sites chaque année. Femelles ovigères de juin à août ; les œufs sont portés sous l'abdomen, puis les larves vivent dans le plancton avant de se poser sur le fond.

Conservation

Données insuffisantes (UICN)

Données insuffisantes (DD) sur la liste rouge mondiale de l'UICN, évaluation du 3 décembre 2009 selon SeaLifeBase. Intégralement protégée en France (arrêté du 26 novembre 1992, mis à jour par l'arrêté du 8 juillet 2025) et inscrite à l'annexe III des conventions de Berne et de Barcelone, selon DORIS.

Espèces ressemblantes

  • Cigale rouge (Scyllarides herklotsii) : très difficile à distinguer, mais porte trois taches rouges bien séparées au lieu d'une seule ; surtout ouest-africaine, supposée rare en Méditerranée.
  • Petite cigale de mer (Scyllarus arctus) : bien plus petite (10 à 11 cm au plus), plus sombre, carapace plus lisse, pédoncules oculaires et pattes annelés de jaune ; plutôt sur fonds vaseux et herbiers.
  • Cigale de mer naine (Scyllarus pygmaeus) : 4 à 6 cm, rouge ou brun-rouge rayé de blanc, beaucoup plus rare.
  • Langouste (Palinurus elephas) : silhouette voisine, mais pas d'antennes en palettes.

Classification

Règne
Animal
Groupe
Invertébrés

Identification

La grande cigale de mer est un crustacé décapode de la famille des Scyllaridae. Son corps trapu, aplati de haut en bas, rappelle celui d’une langouste. Elle mesure le plus souvent 25 à 30 cm ; SeaLifeBase donne 45 cm au maximum et DORIS jusqu’à 50 cm.

Le critère le plus parlant se trouve à l’avant de la tête : les antennes ne sont pas des fouets, mais deux larges palettes plates et segmentées, bordées de violet. La carapace est rugueuse et grenue, de teinte beige rougeâtre à brun rougeâtre, ce qui la fond dans la roche. Regardez la jonction entre le céphalothorax et l’abdomen : une tache rouge foncé, entourée d’un anneau plus clair, y signe l’espèce. Les pattes n’ont pas de pinces, sauf la dernière paire chez la femelle, qui lui sert à entretenir ses œufs. Les vieux individus, qui muent rarement, portent parfois des algues ou de petits invertébrés fixés sur la carapace. Les juvéniles se reconnaissent déjà à leurs antennes en palettes et à leurs reflets rose-rouge à mauves.

La confusion la plus délicate concerne la cigale rouge, Scyllarides herklotsii, qui porte trois taches rouges bien séparées au lieu d’une seule. Elle vit surtout en Afrique de l’Ouest et serait rare en Méditerranée. La petite cigale, Scyllarus arctus, ne dépasse pas 11 cm : elle est plus sombre, plus lisse, et ses pattes sont annelées de jaune.

Où et quand l’observer en France

L’espèce vit dans l’Atlantique Est, du Portugal au golfe de Guinée, et dans toute la Méditerranée. En France métropolitaine, on la rencontre donc sur les côtes méditerranéennes et en Corse. Les sources consultées ne la signalent ni en Bretagne ni en Manche : la cigale que l’on peut y croiser est la petite cigale.

On la trouve de 3 m à plus de 100 m de profondeur. De jour, elle reste cachée dans les grottes, les failles et sous les surplombs, souvent accrochée au plafond de la cavité, tête en bas. Pensez aussi aux dalles isolées posées au milieu de l’herbier de posidonie : elle s’abrite volontiers dessous. Elle sort plus facilement la nuit, ce qui fait de la plongée de nuit le meilleur moment pour la voir à découvert. De la fin du printemps à l’été, des rassemblements de reproduction réunissent parfois plusieurs dizaines d’individus, chaque année sur les mêmes sites, parfois peu profonds.

Biologie et comportement

La grande cigale se nourrit de petits invertébrés, surtout de mollusques comme les patelles, les ormeaux et les crépidules, et de crustacés. Elle mange aussi des cadavres à l’occasion, ce qui la fait prendre dans les nasses et les filets, où elle vient dévorer les appâts. SeaLifeBase signale des femelles portant leurs œufs de juin à août. Les œufs restent sous l’abdomen jusqu’à l’éclosion ; les larves vivent ensuite dans le plancton, pendant une durée mal connue, et passent par plusieurs métamorphoses avant de se poser sur le fond.

Sa défense repose sur la discrétion. Malgré son allure lente, elle peut s’enfuir très vite à reculons par de violents coups de queue, et elle émet un grincement lorsqu’on la dérange. Ses prédateurs sont les mérous, les dentis, les balistes et les poulpes.

Statut et protection

L’UICN la classe en « Données insuffisantes » (DD) ; SeaLifeBase date cette évaluation du 3 décembre 2009. En France, elle est intégralement protégée par l’arrêté du 26 novembre 1992, mis à jour et complété par l’arrêté du 8 juillet 2025. Elle figure aussi à l’annexe III des conventions de Berne et de Barcelone, et elle est protégée dans la plupart des pays méditerranéens. Sa chair très recherchée lui a valu une pêche intensive, en apnée comme en scaphandre.

Bien l’observer et la photographier

Inspectez les plafonds des grottes et des failles avec votre lampe : une carapace grenue immobile, avec deux palettes à l’avant, trahit l’animal. Restez à distance du plafond pour ne pas le heurter avec la bouteille, et ne cherchez jamais à sortir la cigale de son abri : c’est interdit et cela la stresse. De nuit, réduisez l’intensité de la lampe et évitez de la braquer longtemps sur l’animal.

Pour la photo, un cadrage de trois quarts avant met en valeur les antennes violettes et l’œil. Une seconde vue, plus large, permet de montrer la tache rouge du dos, utile pour confirmer l’identification face à la cigale rouge.

Sources