Fiche n° 1110 · Faune · Poissons

Lippu

Symphodus tinca

Europe Méditerranée Corse

Référence : https://silencejeplonge.fr/faune-flore/fiche/france-faune-lippu/

Lippu (Symphodus tinca)
Photo : Diego Delso — CC BY-SA 4.0 — source

Clé d'identification

  • Labre trapu et allongé aux lèvres épaisses et charnues, bouche protractile ; jusqu'à 40 cm pour le mâle, 25 cm pour la femelle.
  • Bande sombre en V qui relie les deux yeux en passant sur le front.
  • Tache noire au milieu du pédoncule caudal, parfois très atténuée ou absente chez le mâle.
  • Tache sombre à la base des nageoires pectorales.
  • Mâle nuptial vert-jaune, trois bandes ponctuées de rouge et de bleu, pectorales jaunâtres ; femelle gris-brun à trois bandes brun foncé.
  • Une seule nageoire dorsale, longue, à 14 à 16 épines.

Noms

Nom usuel
Lippu
Nom scientifique
Symphodus tinca
Autres noms
Crénilabre-paon · Crénilabre tanche · Vieille · Rouquier · Roucaou
Synonymes
Labrus tinca · Crenilabrus tinca · Labrus lapina · Labrus polychrous

Distribution géographique

Méditerranée et mer Noire, et Atlantique de part et d'autre de Gibraltar, du Pays basque à la Mauritanie. En France : toute la côte méditerranéenne et la Corse ; côté Atlantique, l'aire décrite par DORIS s'arrête au Pays basque.

Zones : Méditerranée · Corse — Europe

Biotope

Fonds rocheux couverts d'algues et herbiers de posidonie, parfois lagunes salées ; le plus souvent vers 20 à 25 m, de 1 à 50 m. Nids d'algues installés vers 10 à 15 m dans une petite grotte ou une dépression de paroi.

Profondeur : 1 – 50 m

Repères pour le plongeur

Le plus grand et le plus commun des crénilabres de Méditerranée, reconnaissable à ses grosses lèvres et à la bande sombre en V entre les yeux. De mars à août, le mâle garde un nid d'algues contre la roche vers 10 à 15 m.

Meilleure saison : Mars · Avril · Mai · Juin · Juillet · Août

Biologie

Alimentation

Petits invertébrés du fond : vers, crevettes et crabes, oursins, ophiures et bivalves.

Reproduction

Ovipare, de mars à août. Le mâle construit et garde un nid d'algues où pondent une ou plusieurs femelles ; des mâles « squatteurs » fécondent parfois la ponte d'un nid qui n'est pas le leur. Femelles matures vers 2 ans ; certaines deviennent mâles. Longévité jusqu'à 15 ans.

Conservation

Préoccupation mineure (UICN)

Préoccupation mineure (LC) sur la liste rouge mondiale de l'UICN, évaluation du 12 juillet 2008 selon FishBase ; DORIS cite aussi un classement LC dans la liste rouge de 2010. Aucune pêche ciblée, sa chair étant jugée sans intérêt.

Espèces ressemblantes

  • Crénilabre cendré (Symphodus cinereus) : les jeunes lippus lui ressemblent, mais sa livrée est plus pâle et il reste bien plus petit.
  • Girelle-paon (Thalassoma pavo) : mâle verdâtre strié de rouge-orangé, mais corps nettement plus élancé et moins trapu, sans grosses lèvres.

Classification

Règne
Animal
Groupe
Poissons

Identification

Le lippu, que DORIS nomme crénilabre-paon, est l’un des plus grands labres des côtes françaises et le plus commun en Méditerranée. Son corps est allongé mais massif, et ses lèvres épaisses et charnues, qui lui valent son surnom, entourent une bouche capable de s’avancer pour saisir une proie. Le mâle atteint 40 cm, la femelle 25 cm au plus.

Les deux sexes ne se ressemblent pas. Le mâle en livrée nuptiale est vert-jaune, barré de trois bandes plus ou moins nettes ponctuées de rouge et de bleu, avec des pectorales jaunâtres et des nageoires semées de points bleus et rouges. La femelle est gris-brun, avec trois bandes brun foncé. Les jeunes portent une livrée plus pâle.

Trois marques aident à trancher : une bande sombre en V qui relie les yeux en passant sur le front, une tache sombre à la base des pectorales et une tache noire au milieu du pédoncule caudal. Cette dernière peut s’effacer, voire manquer, chez les mâles.

Deux confusions sont classiques. Les jeunes ressemblent au crénilabre cendré (Symphodus cinereus), plus pâle et plus petit. Le nom de « paon » rappelle la girelle-paon (Thalassoma pavo), dont le mâle est lui aussi verdâtre strié d’orangé, mais la girelle est bien plus élancée et n’a pas ces grosses lèvres.

Où et quand l’observer en France

C’est une espèce de Méditerranée et des côtes atlantiques proches de Gibraltar. Selon DORIS, son aire atlantique remonte jusqu’au Pays basque et descend jusqu’à la Mauritanie. En France, c’est donc le long de toute la côte méditerranéenne et en Corse qu’on la croise le plus sûrement. GBIF conserve quelques observations isolées dans le Morbihan et au Cap-Ferret, mais aucune source de référence ne la décrit comme installée en Bretagne ou en Manche.

Cherchez-la sur les fonds rocheux couverts d’algues et en bordure des herbiers de posidonie, le plus souvent vers 20 à 25 m. FishBase donne une fourchette de 1 à 50 m. On la voit toute l’année, mais la période de reproduction, de mars à août, est la plus intéressante : les mâles arborent leurs couleurs les plus vives et gardent leur nid.

Biologie et comportement

Le lippu se nourrit de petits invertébrés qu’il prélève sur le fond : vers, crevettes, crabes, bivalves, ophiures et oursins.

En période de reproduction, le mâle bâtit un nid rudimentaire d’algues arrachées aux alentours. Il le plaque contre une paroi, souvent dans une petite grotte ou une dépression vers 10 à 15 m. Une ou plusieurs femelles viennent y pondre, puis le mâle garde les œufs et chasse les autres lippus. Certains mâles « squatteurs » expulsent le propriétaire, fécondent une ponte fraîche puis repartent, laissant le mâle évincé s’occuper des œufs. Les femelles sont matures vers 2 ans, et certaines deviennent mâles l’année suivante. L’espèce peut vivre 15 ans.

DORIS décrit une scène fréquente : le lippu s’immobilise presque à la verticale, nageoires déployées, pour se faire déparasiter par le petit labre nettoyeur (Centrolabrus melanocercus). La nuit, les mâles changent de livrée et dorment dressés contre le fond.

Statut et protection

L’espèce est classée « Préoccupation mineure » (LC) sur la liste rouge mondiale de l’UICN ; FishBase date cette évaluation du 12 juillet 2008. Comestible mais sans goût particulier, le lippu ne fait l’objet d’aucune pêche ciblée, et nos sources ne signalent pas de protection propre à l’espèce en France.

Bien l’observer et la photographier

Le lippu est peu farouche et se laisse approcher, surtout s’il se croit caché : il se couche volontiers entre les algues ou contre la roche. Approchez-le lentement, à l’horizontale, pour obtenir un profil qui montre à la fois la bande en V du front et la tache du pédoncule.

Si vous repérez un mâle qui patrouille devant une paroi tapissée d’algues, vous êtes devant un nid. Restez à distance, ne touchez pas les algues et n’éclairez pas la ponte longtemps. S’il pâlit brusquement, c’est un signe de stress ; éloignez-vous. Ne gênez pas non plus une station de nettoyage en cours.

Sources