Fiche n° 1113 · Faune · Requins & raies

Raie électrique

Torpedo marmorata

Europe Méditerranée Bretagne Corse Manche

Référence : https://silencejeplonge.fr/faune-flore/fiche/france-faune-raie-electrique/

Raie électrique (Torpedo marmorata)
Photo : Ericsfr — CC BY-SA 4.0 — source

Clé d'identification

  • Disque épais et arrondi, presque circulaire, prolongé par une queue courte et charnue.
  • Dos marbré ou moucheté de taches claires et sombres sur fond beige à brun foncé, parfois jaunâtre, verdâtre ou noirâtre.
  • Deux nageoires dorsales sur la queue, la première légèrement plus grande que la seconde, et une nageoire caudale bien développée.
  • Évents juste derrière les yeux, bordés de six à huit longues papilles dont les pointes se touchent.
  • Zones épaissies de part et d'autre de la tête, où se logent les organes électriques en forme de haricot.
  • Aucun ocelle bleu sur le dos, ce qui la distingue de la torpille ocellée.

Noms

Nom usuel
Raie électrique
Nom scientifique
Torpedo marmorata
Autres noms
Torpille marbrée · Raie torpille marbrée · Torpille · Tremble · Marbled electric ray
Synonymes
Torpedo galvani · Torpedo vulgaris · Torpedo diversicolor · Narcobatus marmoratus

Distribution géographique

Atlantique Est, du nord des îles Britanniques (rare en mer du Nord) jusqu'à l'Afrique du Sud, et Méditerranée. En France : Manche, Bretagne, côte atlantique jusqu'à Arcachon, Méditerranée continentale et Corse.

Zones : Méditerranée · Bretagne · Corse · Manche — Europe

Biotope

Fonds de sable et de vase, herbiers de posidonies et abords des rochers, où elle reste posée ou à demi enfouie. En Méditerranée surtout entre 10 et 100 m, en Atlantique du rivage à 50 m environ ; signalée jusqu'à 370 m. Évite les eaux de plus de 20 °C.

Profondeur : 0 – 100 m

Repères pour le plongeur

Torpille marbrée des fonds de sable, de vase et d'herbier, de la Manche à la Corse, souvent à demi enfouie le jour. Sa décharge, jusqu'à 200 V, est douloureuse : observez-la sans jamais la toucher.

Meilleure saison : Toute l'année

Biologie

Alimentation

Prédatrice nocturne : surtout petits poissons de fond (chinchards, mulets, rougets, bars), plus rarement crevettes et seiches, paralysés par décharge électrique.

Reproduction

Vivipare sans placenta (ovovivipare), fécondation interne, cycle de deux ans. Gestation de 8 à 10 mois ; 2 à 32 petits de 10 à 14 cm. Mise bas d'octobre à décembre en Méditerranée, de novembre à mai en Atlantique.

Conservation

Vulnérable (UICN)

Vulnérable (VU, critères A2bd) sur la liste rouge mondiale de l'UICN, évaluation du 31 août 2020 selon FishBase.

Espèces ressemblantes

  • Torpille ocellée (Torpedo torpedo) : en général cinq ocelles bleus cerclés de noir et de jaune pâle au milieu du dos ; plus méridionale, occasionnelle sur les côtes françaises.
  • Torpille noire (Tetronarce nobiliana) : dos noir-violet uniforme, sans marbrures ni ocelles.
  • Torpille d'Alexandrie (Torpedo alexandrina) : disque plus long que large et sept courtes papilles autour des évents.

Classification

Règne
Animal
Groupe
Requins & raies

Identification

La raie électrique des plongeurs français est la torpille marbrée. Son corps forme un disque épais et presque rond, qui atteint 80 cm de diamètre chez les plus grands sujets selon DORIS. FishBase donne une longueur totale habituelle de 60 cm et un maximum d’un mètre. La queue, courte et charnue, porte deux nageoires dorsales, la première un peu plus grande que la seconde, et se termine par une caudale bien développée : c’est elle qui assure la propulsion.

Le dos est marbré ou moucheté de taches claires et sombres sur un fond beige à brun foncé, qui peut tirer vers le jaunâtre, le verdâtre ou le noirâtre. Juste derrière les yeux s’ouvrent les évents, bordés de six à huit longues papilles dont les pointes se rejoignent. De chaque côté de la tête, le disque s’épaissit : c’est là que se logent les deux organes électriques, en forme de haricot. Les fentes branchiales, elles, sont sous le corps, en arrière de la bouche.

Deux autres torpilles peuvent se rencontrer sur nos côtes. La torpille ocellée porte en général cinq ocelles bleus cerclés de noir et de jaune pâle au milieu du dos ; plus méridionale, elle n’est notée qu’occasionnellement en France, par exemple en Corse. La torpille noire, dont le nom valide est aujourd’hui Tetronarce nobiliana selon WoRMS, a un dos noir-violet uniforme. Chez la torpille marbrée, les femelles mûrissent vers 40 cm, les mâles vers 30 cm, et ces derniers portent deux ptérygopodes le long des nageoires pelviennes.

Où et quand l’observer en France

DORIS la signale sur toutes les façades françaises : en Manche, avec par exemple Agon-Coutainville en Normandie, en Bretagne, en Vendée, au bassin d’Arcachon, en Méditerranée continentale et en Corse, où une observation est rapportée à Calzarellu. Elle fréquente les fonds de sable et de vase, les herbiers, notamment de posidonies, et les abords des rochers. En Méditerranée, on la croise surtout entre 10 et 100 m ; en Atlantique, du rivage jusqu’à une cinquantaine de mètres. FishBase indique une limite à 370 m et précise qu’elle évite les eaux de plus de 20 °C.

Elle est présente toute l’année, mais certaines populations se déplacent au fil des saisons. À Arcachon, des femelles gestantes arrivent fin mai et repartent début octobre, selon DORIS. Comme elle chasse la nuit et passe la journée enfouie, les plongées de nuit sur fond sableux offrent les meilleures chances de la voir à découvert.

Biologie et comportement

Le jour, la torpille reste posée ou à demi enfouie, ne laissant dépasser que les yeux. La nuit, elle chasse surtout de petits poissons de fond : FishBase cite des chinchards, des mulets, des rougets et des bars, et DORIS ajoute, plus rarement, des crevettes et des seiches. Elle paralyse sa proie par décharge électrique, la recouvre de son disque et continue d’envoyer des décharges pendant qu’elle l’avale. FishBase mesure ces décharges à 200 V au plus. Selon DORIS, leur force croît avec la taille de l’animal et faiblit à chaque répétition, le temps que les organes se « rechargent ». Ces organes sont faits de colonnes de cellules empilées, branchées en série comme une pile.

L’espèce est vivipare, sans placenta, avec un cycle de reproduction de deux ans. Après 8 à 10 mois de gestation, la femelle donne naissance à 2 à 32 petits de 10 à 14 cm, d’autant plus nombreux qu’elle est grande. La mise bas a lieu d’octobre à décembre en Méditerranée et de novembre à mai en Atlantique. DORIS mentionne un parasite, la sangsue des raies (Branchellion torpedinis), qui se nourrit de son sang.

Statut et protection

L’UICN classe la torpille marbrée « Vulnérable » (VU, critères A2bd) à l’échelle mondiale ; FishBase date cette évaluation du 31 août 2020. Sa reproduction lente, une portée tous les deux ans au plus, limite la capacité de ses populations à se reconstituer.

Bien l’observer et la photographier

DORIS rappelle que l’approche est assez facile, mais qu’une décharge est douloureuse. Généralement sans danger, celle d’un grand individu peut toutefois surprendre au point de provoquer un accident de plongée. Ne la touchez donc jamais, ni de la main ni du bout d’une lampe : en aquarium, une torpille dérangée au repos se retourne vers l’intrus au lieu de fuir. Restez stable au-dessus du sable, sans palmer vers le fond, pour ne pas soulever de nuage.

Pour la photo, un cadrage de dessus montre bien le marbré du dos, tandis qu’un angle rasant, au ras du sable, met en valeur les yeux et les évents frangés de papilles, le critère le plus net face aux espèces voisines. De nuit, évitez de la garder longtemps dans un faisceau puissant et laissez-la reprendre sa chasse.

Sources