Fiche n° 1150 · Flore · Invertébrés

Mousse marine

Bryozoa

Europe Méditerranée Bretagne Corse Manche

Référence : https://silencejeplonge.fr/faune-flore/fiche/france-flore-mousse-marine/

Mousse marine (Bryozoa)
Photo : Olivier Dugornay (Ifremer) — CC BY 4.0 — source

Clé d'identification

  • Colonie fixée, encroûtante, buissonnante ou en lames, formée de milliers de minuscules individus (zoïdes) logés chacun dans une petite loge.
  • De près, surface criblée de pores d'où sortent de fins panaches de tentacules rétractiles : aspect velouté quand ils sont déployés.
  • Chez la plupart des espèces de nos côtes, squelette calcaire rigide et cassant, et non souple comme une algue.
  • Rose de mer (Pentapora) : colonie orange en lames ondulées, jusqu'à 1 m en Méditerranée et 2 m en Atlantique.
  • Faux corail (Myriapora truncata) : petit buisson orange à rameaux ronds aux extrémités tronquées.
  • Pas de polypes à huit tentacules plumeux (corail rouge) ni de calices en rangées le long de tiges souples (hydraires).

Noms

Nom usuel
Mousse marine
Nom scientifique
Bryozoa
Autres noms
Bryozoaires · Ectoproctes
Synonymes
Ectoprocta

Distribution géographique

Toutes les côtes de France. Rose de mer méditerranéenne (Pentapora fascialis) et faux corail (Myriapora truncata) en Méditerranée ; rose de mer atlantique (Pentapora foliacea) en Manche, mer du Nord et Atlantique européen ; Flustra foliacea en Atlantique et en Manche.

Zones : Méditerranée · Bretagne · Corse · Manche — Europe

Biotope

Fonds rocheux et graviers balayés par le courant, base des herbiers de posidonie, entrées de grottes et dessous de surplombs pour les espèces qui fuient la lumière. Observé surtout entre 10 et 40 m en plongée.

Profondeur : 1 – 200 m

Repères pour le plongeur

Ces « mousses » orange ou beiges des roches de Méditerranée et de Bretagne sont des animaux, les bryozoaires, et non des algues. Leur squelette calcaire casse au premier coup de palme : restez au-dessus, sans contact.

Meilleure saison : Toute l'année

Biologie

Alimentation

Filtreurs microphages : la couronne de tentacules (lophophore) brasse l'eau et capture les micro-organismes en suspension.

Reproduction

Croissance de la colonie par bourgeonnement à partir d'un premier individu ; zoïdes le plus souvent hermaphrodites. La reproduction sexuée libère des larves qui colonisent de nouveaux supports. Pentapora est hermaphrodite protandre et vivipare.

Conservation

Statut non précisé

Pas de statut UICN pour l'embranchement : l'UICN évalue des espèces, et aucune évaluation d'un bryozoaire de nos côtes n'a été vérifiée pour cette fiche. Colonies calcaires fragiles, cassées par les palmes et les ancres ; la hausse de température de la fin de l'été 1999 a tué en partie de nombreuses colonies de grands bryozoaires buissonnants en Méditerranée (DORIS).

Espèces ressemblantes

  • Corail rouge (Corallium rubrum) : plus rouge, avec des polypes blancs à huit tentacules plumeux ; le faux corail (Myriapora truncata) n'en a pas.
  • Hydraires, comme l'hydraire-sapin (Abietinaria abietina) : ce sont des cnidaires, aux colonies souples et dressées en forme de petit sapin.
  • Smittina landsborovii : bryozoaire atlantique dont la forme dressée ressemble à la rose de mer atlantique, mais en colonies plus grandes, moins fines et moins rouges.

Classification

Règne
Végétal / algue
Groupe
Invertébrés

Identification

« Mousse marine » n’est pas le nom d’une espèce. Sur cette fiche, il désigne les bryozoaires, dont le nom savant vient justement du grec brúon, la mousse, et zōon, l’animal. Ce sont bien des animaux, et non des plantes ni des algues, même s’ils sont classés ici avec la flore fixée. Les hydraires, qu’on regroupait autrefois sous le même terme, sont des cnidaires : ils ont leur propre fiche hydraire.

Un bryozoaire est une colonie. Des milliers de zoïdes minuscules, tous issus par bourgeonnement d’un premier individu, vivent chacun dans une petite loge. De chaque loge sort une couronne de tentacules, le lophophore, qui peut se rétracter dans la loge. Quand ces couronnes sont déployées, la colonie paraît veloutée. Chez la plupart des espèces que vous croiserez, le squelette est calcaire, rigide et cassant.

Trois formes reviennent souvent en plongée. La rose de mer méditerranéenne (Pentapora fascialis), le plus grand bryozoaire de Méditerranée, forme des boules orange de lames ondulées, en bois de cerf, jusqu’à un mètre de diamètre. Sa cousine atlantique, Pentapora foliacea, ressemble à une rose aux pétales ondulés et peut atteindre deux mètres. Le faux corail (Myriapora truncata) dessine un petit buisson orange aux rameaux ronds, comme coupés net au bout. En Manche et en Atlantique vit aussi Flustra foliacea, un bryozoaire en lames.

Le faux corail se confond avec le corail rouge, qui est plus rouge et montre des polypes blancs à huit tentacules plumeux. Les hydraires, comme l’hydraire-sapin, forment des tiges souples en forme de petit sapin, garnies de calices en rangées.

Où et quand l’observer en France

Les bryozoaires s’observent toute l’année, sur toutes les côtes. En Méditerranée, la rose de mer pousse sur les fonds rocheux couverts de sédiment grossier et à la base des herbiers de posidonie, là où passe le courant ; DORIS la montre entre 12 et 42 m. Le faux corail fuit la lumière : cherchez-le à l’entrée des grottes et sous les surplombs.

En Bretagne et en Manche, la rose de mer atlantique tapisse les fonds rocheux balayés par le courant, photographiée par DORIS entre 15 et 35 m. Les Bretons la nomment korailh-krampouezh. Flustra foliacea est signalée de 1 à 200 m selon SeaLifeBase.

Biologie et comportement

Les bryozoaires sont des filtreurs. Les tentacules du lophophore battent et brassent l’eau pour capter les micro-organismes, que des cils conduisent à la bouche. La colonie grandit par bourgeonnement. Chez la rose de mer, des bourgeons emportés par le courant fondent de nouvelles colonies. La plupart des zoïdes sont hermaphrodites. Pentapora est d’abord mâle puis femelle, et incube ses larves avant de les libérer. Les rameaux morts servent ensuite de support à des algues, des ascidies ou d’autres bryozoaires.

Statut et protection

L’embranchement n’a pas de statut UICN : l’UICN évalue des espèces, et aucune évaluation d’un bryozoaire de nos côtes n’a été vérifiée ici. Le danger est mécanique et climatique. DORIS rapporte que la hausse de température de la fin de l’été 1999 a tué en partie de nombreuses colonies de six grands bryozoaires buissonnants, dont le faux corail. La fiche DORIS de la rose de mer méditerranéenne la cite parmi les espèces fragiles à protéger.

Bien l’observer et la photographier

Le squelette de ces colonies est rigide et cassant. Approchez à l’horizontale, palmes relevées, et restez au-dessus de la colonie : sur une photo de la rose de mer atlantique, DORIS prévient « attention à vos palmes ». Ne posez ni main ni phare sur les lames.

L’objectif macro révèle les loges et les couronnes de tentacules. Approchez lentement et attendez que les couronnes se déploient, l’aspect velouté en dépend. Pour une rose de mer entière, passez au grand-angle et éclairez de côté pour faire ressortir le relief des lames.

Sources