Fiche n° 1281 · Flore · Cnidaires (coraux & anémones)
Corail pilier
Dendrogyra cylindrus
Référence : https://silencejeplonge.fr/faune-flore/fiche/guadeloupe-flore-corail-pilier/
Clé d'identification
- Colonnes verticales cylindriques dressées sur une base encroûtante, isolées ou soudées par la base.
- Colonnes de 10 à 20 cm de diamètre, pouvant dépasser 2 m de haut.
- Polypes sortis en plein jour : la colonie paraît duveteuse, « en fourrure ».
- Teinte beige, jaune doré à brun chocolat.
- Polypes rétractés, la surface montre des sillons sinueux de corail cerveau.
- Colonie presque toujours isolée, sur fond plat ou en pente douce.
Noms
- Nom usuel
- Corail pilier
- Nom scientifique
- Dendrogyra cylindrus
- Autres noms
- Corail cierge · Corail à colonnes · Pillar coral · Coral de columnas
- Synonymes
- Dendrogyra cylindricus · Maeandra cylindrus · Meandrina cylindrus
Distribution géographique
Atlantique ouest tropical et grande Caraïbe, du golfe du Mexique et des Bahamas jusqu'à la Barbade et au Venezuela. Présent en Guadeloupe : DORIS illustre sa fiche de photos prises sur plusieurs sites de l'archipel, et GBIF y recense plus d'une centaine d'observations. Espèce peu commune à rare partout dans son aire.
Zones : Caraïbes · Guadeloupe — Amérique
Biotope
Zones peu profondes et abritées, à faible mouvement d'eau, sur fond plat ou légèrement en pente, de 1 à 25 m environ.
Profondeur : 1 – 25 m
Repères pour le plongeur
Si vous croisez un corail pilier en Guadeloupe, prenez le temps : c'est l'un des coraux les plus menacés de la Caraïbe. Restez à distance, sans jamais poser une palme près de sa base, et signalez au centre de plongée toute zone blanche sur les colonnes.
Meilleure saison : Toute l'année
Biologie
Alimentation
Environ deux tiers de son énergie viennent des zooxanthelles, algues symbiotiques logées dans ses tissus ; le reste vient du plancton capturé par ses tentacules urticants, déployés même en plein jour.
Reproduction
Sexes séparés (colonies mâles ou femelles). Les gamètes sont libérés quelques nuits après la pleine lune, pendant la saison cyclonique ; la fécondation a lieu en pleine eau et donne une larve planula. Une colonne cassée et couchée peut repartir à la verticale.
Conservation
En danger critique (UICN)
En danger critique d'extinction (CR, critères A2bce) sur la liste rouge mondiale de l'UICN, évaluation du 1er juin 2021 selon SeaLifeBase. Annexe II de la CITES. Protégé en Guadeloupe, Martinique et Saint-Martin par l'arrêté ministériel du 25 avril 2017 : mutilation, destruction et prélèvement interdits. Très sensible à la maladie de perte de tissu des coraux durs (SCTLD), présente en Guadeloupe depuis 2020.
Espèces ressemblantes
- Corail méandreux (Meandrina meandrites) : même famille et mêmes sillons sinueux quand les polypes sont rentrés, mais il forme des dômes ou des plaques, jamais des colonnes dressées. DORIS estime qu'aucune autre espèce caraïbe ne ressemble vraiment au corail pilier.
Classification
- Règne
- Végétal / algue
- Groupe
- Cnidaires (coraux & anémones)
Identification
Le corail pilier est un animal, et non une plante : c’est un corail dur (scléractiniaire, famille des Meandrinidae) qui bâtit un squelette calcaire. Le site le range en « flore » parce qu’il vit fixé. C’est la seule espèce de son genre.
Il est facile à reconnaître. Des colonnes cylindriques montent à la verticale depuis une base encroûtante, comme des cierges. Chaque colonne mesure 10 à 20 cm de diamètre et atteint souvent 2 m. DORIS cite des colonies de 4 m. Les colonnes peuvent être isolées ou soudées à la base.
Autre particularité : ses polypes restent sortis en plein jour. La colonie prend alors un aspect duveteux, beige, doré ou brun. Quand les polypes se rétractent, on voit des sillons sinueux qui rappellent les coraux cerveaux de la même famille. Les jeunes colonies forment d’abord une croûte avec des colonnes à peine ébauchées.
Où et quand l’observer en Guadeloupe
L’espèce vit dans la grande Caraïbe, du golfe du Mexique et des Bahamas jusqu’à la Barbade et au Venezuela. Elle est présente en Guadeloupe : DORIS illustre sa fiche avec des photos de plusieurs sites de l’archipel, et GBIF y recense plus d’une centaine d’observations. Elle reste rare, ici comme ailleurs.
Cherchez-le dans les zones peu profondes et abritées, sur fond plat ou en pente douce, de 1 à 25 m environ. Les colonies sont presque toujours isolées. Fixé et pérenne, il s’observe toute l’année. Si un moniteur vous en montre un, considérez-le comme une chance.
Biologie et comportement
Environ deux tiers de son énergie vient des zooxanthelles, des algues microscopiques logées dans ses tissus. Le reste provient du plancton capturé par ses tentacules urticants. Les colonies sont mâles ou femelles. Elles pondent quelques nuits après la pleine lune, pendant la saison cyclonique, et la fécondation a lieu en pleine eau. Une colonne cassée qui tombe à plat peut repousser vers le haut, en forme de harpe.
Ce mode de reproduction le rend fragile : si les colonies survivantes sont trop éloignées, les gamètes ne se rencontrent plus.
Statut et protection
L’UICN classe le corail pilier « en danger critique d’extinction » (CR), selon une évaluation du 1er juin 2021 reprise par SeaLifeBase. Il figure à l’annexe II de la CITES. En Guadeloupe, il fait partie des seize coraux protégés par l’arrêté ministériel du 25 avril 2017 : il est interdit de le mutiler, de le détruire ou de le prélever.
Sa grande menace est la maladie de perte de tissu des coraux durs (SCTLD). Le réseau caribéen AGRRA le classe parmi les espèces les plus sensibles. En Floride, une étude de 2025 chiffre la perte de tissu vivant à plus de 99,7 % depuis 2013-2014 et juge l’espèce fonctionnellement éteinte à l’état sauvage. En Guadeloupe, la SCTLD a été observée pour la première fois en mai 2020 et touche environ la moitié des espèces de coraux durs, selon Bouchon et ses collègues. Leur résumé ne donne pas de chiffre pour le corail pilier. Le blanchissement, quand l’eau reste chaude plusieurs semaines, l’affaiblit aussi.
Bien l’observer et la photographier
Restez au-dessus ou à côté de la colonie, jamais contre elle. DORIS rappelle que les coups de palmes provoquent des nécroses. En plongée, réglez votre flottabilité avant d’approcher et ne posez rien sur le fond autour de la base.
En photo, cadrez en contre-plongée, colonnes dressées vers la surface. De près, les polypes sortis donnent une belle texture en macro. Si vous voyez une bande blanche qui progresse sur une colonne, signalez-le au centre de plongée : c’est peut-être la SCTLD.
Sources
- DORIS (FFESSM) : Dendrogyra cylindrus, corail cierge
- WoRMS : Dendrogyra cylindrus
- SeaLifeBase : Dendrogyra cylindrus, Pillar coral
- Coralpedia (université de Warwick) : Dendrogyra cylindrus
- Naturalis, Caribbean Diving : Pillar coral
- AIDA (INERIS) : arrêté du 25 avril 2017 fixant la liste des coraux protégés en Guadeloupe, Martinique et Saint-Martin
- AGRRA : Coral Disease Identification (espèces sensibles à la SCTLD)
- Neely et al. (2025), Status of Florida’s pillar coral population, Frontiers in Marine Science
- Bouchon et al. (2021), Importance of the SCTLD on the reefs of Guadeloupe Island, GCFI
- GBIF : observations de Dendrogyra cylindrus en Guadeloupe