Fiche n° 1295 · Flore · Algues & plantes
Halophila envahissante
Halophila stipulacea
Référence : https://silencejeplonge.fr/faune-flore/fiche/guadeloupe-flore-halophila-envahissante/
Clé d'identification
- Petite plante à fleurs marine (phanérogame) qui forme des tapis denses et ras sur le sable ou la vase.
- Feuilles en forme de palette allongée, jusqu'à 6 cm de long, vert clair.
- Limbe gaufré et ponctué, à pointe finement dentée.
- Écailles bien visibles qui couvrent la tige à la base des feuilles.
- Racines courtes : les plants s'arrachent facilement et dérivent entre deux eaux.
Noms
- Nom usuel
- Halophila envahissante
- Nom scientifique
- Halophila stipulacea
- Autres noms
- Halophile stipulée · Broadleaf seagrass · Mediterranean seagrass
- Synonymes
- Zostera stipulacea · Zostera bullata · Thalassia stipulacea
Distribution géographique
Originaire de la mer Rouge, du golfe Persique et de l'océan Indien ; introduite en Méditerranée après l'ouverture du canal de Suez, puis aux Antilles. Signalée à Grenade en 2002, aux Saintes en 2009 et sur la côte sous-le-vent de la Guadeloupe en 2011 ; en 2015, toutes les Petites Antilles des Grenadines à Saint-Martin étaient touchées (Bouchon et al., 2015).
Zones : Caraïbes · Guadeloupe · Réserve Cousteau · Les Saintes · Grand Cul-de-Sac marin — Amérique
Biotope
Fonds sédimentaires abrités de la houle : côte sous-le-vent, fonds de baies, lagons, chenaux de mangrove, marinas et ports, et plaines détritiques au pied des récifs sous 30 m. En Guadeloupe, de la bordure des mangroves jusqu'à 50-55 m.
Profondeur : 0 – 55 m
Repères pour le plongeur
Ce tapis de petites feuilles en palette a remplacé en quelques années la plupart des herbiers de la côte sous-le-vent, jusque dans la baie de Malendure face aux îlets Pigeon. Apprenez à la reconnaître, ne l'arrachez pas et ne la transportez jamais : chaque fragment peut fonder un nouvel herbier.
Meilleure saison : Toute l'année
Biologie
Alimentation
Autotrophe : photosynthèse, complétée par les nutriments du sédiment. Elle tolère une large gamme de salinités et de fortes luminosités.
Reproduction
Plante à fleurs à sexes séparés (dioïque). Aux Antilles, elle s'étend surtout végétativement : en Guadeloupe, les herbiers ont avancé de 0,9 à 1,4 cm par jour en moyenne, jusqu'à 7 cm par jour (Mellinger et al., 2013). Les fragments arrachés dérivent et colonisent de nouveaux sites.
Conservation
Préoccupation mineure (UICN)
Préoccupation mineure (LC) dans son aire d'origine, évaluation UICN du 17 octobre 2007 (SeaLifeBase). Aux Antilles, c'est la première phanérogame marine invasive signalée : en Guadeloupe, elle a largement remplacé l'herbe à lamantin et l'halophila indigène, et ses feuilles sont trois à quatre fois moins riches en protéines que celles des espèces locales.
Espèces ressemblantes
- Halophila indigène (Halophila decipiens, rattachée parfois à H. baillonis) : feuilles en palette elles aussi, mais bien plus petites (1 à 4 cm), velues sur les deux faces et à bords dentés sur toute la longueur.
- Herbe à tortue (Thalassia testudinum) : longues feuilles en ruban de 10 à 60 cm, à bout arrondi.
Classification
- Règne
- Végétal / algue
- Groupe
- Algues & plantes
Identification
L’Halophila envahissante, appelée « halophile stipulée » par DORIS, est une petite plante à fleurs marine de la famille des Hydrocharitacées. Elle forme des tapis denses et ras sur le sable ou la vase. Ses feuilles en palette allongée mesurent jusqu’à 6 cm ; leur limbe est gaufré et ponctué, et leur pointe finement dentée. Des écailles bien visibles couvrent la tige.
Sur la photo de couverture, prise par la NOAA dans les Caraïbes, ses feuilles ovales se mêlent aux feuilles cylindriques de l’herbe à lamantin. La confusion principale est l’halophila indigène (Halophila decipiens), bien plus petite (1 à 4 cm) et velue sur les deux faces. L’université des Antilles le résume dans sa fiche d’alerte : la plante locale est « beaucoup plus petite ».
Où et quand l’observer en Guadeloupe
Originaire de la mer Rouge et de l’océan Indien, l’espèce a gagné la Méditerranée par le canal de Suez dès la fin du XIXe siècle. Aux Antilles, elle a été signalée pour la première fois à Grenade en 2002. Selon Bouchon et al. (2015), elle a atteint Les Saintes en 2009 et la côte sous-le-vent de la Guadeloupe en 2011, comme le confirment Mellinger et al. (2013). En mai 2015, toutes les Petites Antilles, des Grenadines à Saint-Martin, étaient envahies.
En Guadeloupe, elle a d’abord colonisé tous les fonds sédimentaires de la côte caraïbe entre 3 et 50 m, du phare de Vieux-Fort à la baie de Deshaies. Les chercheurs ont suivi un herbier dans la baie de Malendure, face aux îlets Pigeon. Elle a ensuite gagné le Grand Cul-de-Sac marin, la Rivière Salée, les lagunes de mangrove, le Petit Cul-de-Sac marin et le port de Pointe-à-Pitre. Elle reste absente des côtes rocheuses exposées et des pentes récifales, sauf au pied des récifs sous 30 m. On la voit toute l’année.
Biologie et comportement
Son succès tient à une expansion végétative rapide, à sa tolérance à la salinité et à la lumière, et à sa capacité à pousser de la surface jusqu’à 50 m. En Guadeloupe, ses herbiers ont avancé de 0,9 à 1,4 cm par jour en moyenne. Son point faible est son ancrage : les courants et les vagues arrachent les plants, qui dérivent entre deux eaux et vont s’installer ailleurs. Les bateaux de plaisance sont soupçonnés d’avoir introduit puis disséminé l’espèce dans les îles.
Ses herbiers abritent une faune non négligeable : Mellinger et al. (2013) y ont relevé 148 espèces d’invertébrés et 69 de poissons. Mais herbivores et tortues vertes semblent la bouder au profit des espèces locales, plus nourrissantes.
Statut et protection
Classée en préoccupation mineure (LC) par l’UICN dans son aire d’origine, elle est ici une espèce exotique envahissante. Sur la côte sous-le-vent, elle a remplacé en grande partie les herbiers d’herbe à lamantin et d’halophila indigène. Dans le Grand Cul-de-Sac marin, elle est entrée en compétition avec l’herbe à tortue ; un suivi d’un an n’a pas montré d’intrusion dans ces herbiers, résultat que les chercheurs jugent à confirmer.
Bien l’observer et la photographier
Ne l’arrachez pas et ne remontez aucun fragment : c’est justement ainsi qu’elle se propage. Après une plongée ou un mouillage sur sable, rincez et vérifiez ancre, chaîne et matériel. Restez au-dessus du fond, sans vous poser.
Pour la photo, un plan rapproché au ras du tapis montre la forme en palette et la pointe dentée des feuilles. Si l’herbier est mixte, cadrez l’Halophila à côté de l’herbe à lamantin : la comparaison parle d’elle-même. L’université des Antilles a sollicité les plongeurs pour signaler les herbiers (lieu, point GPS, profondeur) : vos observations peuvent servir.
Sources
- Bouchon C., Mellinger J., Bouchon-Navaro Y. (2015), Halophila stipulacea : une espèce invasive de Phanérogame marine dans les Antilles, université des Antilles / Parc national de la Guadeloupe
- Mellinger J., Bouchon-Navaro Y., Cordonnier S., Bouchon C. (2013), Preliminary Study of Halophila stipulacea, an Invasive Species of Marine Magnoliophyta in Guadeloupe Island, Proceedings of the GCFI 66
- DORIS (FFESSM) : Halophila stipulacea, halophile stipulée
- WoRMS : Halophila stipulacea
- Short F. T. (2025), Bioregional Guide to the Seagrass Species of the World, SeagrassNet
- SeaLifeBase : Halophila stipulacea
- Wikimedia Commons (NOAA) : Halophila stipulacea mêlée à Syringodium filiforme