Fiche n° 1293 · Flore · Algues & plantes

Herbier à tortues

Thalassia testudinum

Amérique Caraïbes Guadeloupe Grand Cul-de-Sac marin

Référence : https://silencejeplonge.fr/faune-flore/fiche/guadeloupe-flore-herbier-a-tortues/

Herbier à tortues (Thalassia testudinum)
Photo : Everglades NPS — domaine public — source

Clé d'identification

  • Vraie plante à fleurs marine (phanérogame), avec racines, rhizomes et feuilles, et non une algue.
  • Feuilles plates en ruban, vert clair, finement nervurées, de 4 à 18 mm de large.
  • Extrémité des feuilles arrondie, ni pointue ni déchiquetée.
  • Feuilles groupées en bouquets sur de courtes tiges, de 10 à 60 cm de long, souvent tachées d'épiphytes ou rougies.
  • Rhizome horizontal enfoui dans le sable, jusqu'à 25 cm de profondeur.
  • Petites fleurs blanc verdâtre en étoile, à la base des feuilles, vers mai-juin.

Noms

Nom usuel
Herbier à tortues
Nom scientifique
Thalassia testudinum
Autres noms
Herbe à tortue · Thalassie · Turtle grass · Hierba de tortuga

Distribution géographique

Atlantique ouest tropical : toutes les Caraïbes, golfe du Mexique et Floride. Dans les Petites Antilles, c'est l'espèce des herbiers les plus riches. En Guadeloupe, ses grands herbiers occupent notamment le lagon du Grand Cul-de-Sac marin ; DORIS publie aussi des photos prises à Port-Louis et à l'anse du Mont.

Zones : Caraïbes · Guadeloupe · Grand Cul-de-Sac marin — Amérique

Biotope

Fonds de sable ou de sable vaseux abrités de la houle, en eau salée ; de la surface à 6-8 m en général, jusqu'à 20 m en eau très claire. Souvent mélangée à l'herbe à lamantin, en arrière des récifs et près des mangroves.

Profondeur : 0 – 20 m

Repères pour le plongeur

Ces prairies de rubans verts, accessibles en palmes-masque-tuba depuis de nombreuses plages, sont la cantine des tortues vertes et la nurserie de nombreux poissons de récif. Nagez au-dessus sans vous poser ni palmer près du fond : le sable soulevé et les rhizomes arrachés mettent des années à se reconstituer.

Meilleure saison : Toute l'année

Biologie

Alimentation

Autotrophe : elle fabrique sa matière organique par photosynthèse. Contrairement aux algues, elle puise aussi des nutriments dans le sédiment grâce à ses racines.

Reproduction

Plante à fleurs à sexes séparés (dioïque). Floraison en jours longs (mai-juin), pollinisation par l'eau ; fruits jaunâtres d'environ 2 cm qui mûrissent en juin-juillet et se détachent avant fin août. L'herbier s'étend surtout par croissance des rhizomes, qui ne poussent que par leur extrémité.

Conservation

Préoccupation mineure (UICN)

Préoccupation mineure (LC) sur la liste rouge mondiale de l'UICN, selon GBIF. Localement fragile : les rhizomes coupés ne se ressoudent pas, et les ancrages répétés creusent des trous durables. Depuis les années 2010, les herbiers guadeloupéens subissent aussi la concurrence de l'Halophila envahissante.

Espèces ressemblantes

  • Herbe à lamantin (Syringodium filiforme) : feuilles cylindriques et fines comme des spaghettis, et non plates en ruban.
  • Halodule (Halodule wrightii) : feuilles plates mais bien plus étroites et plus courtes (2 à 22 cm), à pointe généralement fendue en deux ou trois dents.
  • Halophila envahissante (Halophila stipulacea) : petites feuilles en palette de 6 cm au plus, gaufrées, à pointe finement dentée.

Classification

Règne
Végétal / algue
Groupe
Algues & plantes

Identification

Malgré son allure d’algue, l’herbe à tortue est une vraie plante à fleurs, de la famille des Hydrocharitacées. Elle a des racines, un rhizome rampant enfoui dans le sable, des feuilles et des fleurs. Le nom de la fiche désigne l’herbier qu’elle forme ; la plante elle-même s’appelle « herbe à tortue » chez DORIS.

Ses feuilles sont des rubans plats, vert clair, finement nervurés, larges de 4 à 18 mm. Elles poussent en bouquets sur de courtes tiges et mesurent en général 20 à 30 cm. Leur extrémité est arrondie : c’est le critère le plus simple pour la distinguer de l’halodule, dont la pointe est fendue. Les vieilles feuilles se couvrent souvent d’algues et d’organismes calcaires, ou prennent une teinte rougeâtre.

L’herbe à lamantin, qui pousse souvent mélangée à elle, se reconnaît à ses feuilles rondes et fines comme des spaghettis.

Où et quand l’observer en Guadeloupe

L’espèce couvre toutes les Caraïbes, le golfe du Mexique et la Floride. Dans les Petites Antilles, le rapport de l’université des Antilles sur les herbiers (Bouchon et al., 2015) en fait l’espèce des herbiers les plus riches, souvent mêlée à l’herbe à lamantin. En Guadeloupe, elle forme de grandes prairies dans le lagon du Grand Cul-de-Sac marin, entre les mangroves et la barrière de corail. DORIS publie aussi des photos prises à Port-Louis et à l’anse du Mont.

Elle pousse sur sable ou sable vaseux abrité de la houle, de la surface à 6-8 m le plus souvent, jusqu’à 20 m en eau très claire. C’est donc un milieu idéal pour le snorkeling. Pérenne, elle s’observe toute l’année ; les fleurs blanches apparaissent vers mai-juin.

Biologie et comportement

Le rhizome ne pousse que par son extrémité et ne se ramifie pas en un lacis dense, comme le fait la posidonie. Une fois coupé, il ne se ressoude pas. La floraison a lieu en jours longs ; le pollen voyage dans l’eau, et les fruits, de petites capsules d’environ 2 cm, se détachent avant la fin août.

L’herbier est un pilier de l’écosystème côtier. La tortue verte, des poissons perroquets et des oursins broutent ses feuilles. Selon Bouchon et al. (2015), une centaine d’espèces de poissons ont été recensées dans les herbiers à Thalassia des Antilles françaises, et ces prairies servent de nurserie aux juvéniles qui rejoignent ensuite le récif. Elles abritent aussi lambis, oursins blancs et langoustes, ralentissent la houle et stabilisent le sable.

Statut et protection

L’UICN classe l’espèce en préoccupation mineure (LC) au niveau mondial. Localement, les menaces sont l’ancrage, le piétinement, la turbidité et, depuis le début des années 2010, l’arrivée de l’Halophila envahissante. Dans le Grand Cul-de-Sac marin, les chercheurs de l’université des Antilles n’ont pas observé d’avancée de l’envahisseur dans les herbiers à Thalassia sur un an de suivi, mais ils jugent ce résultat à confirmer.

Bien l’observer et la photographier

Restez en surface ou en pleine eau, sans vous poser ni palmer près du fond : chaque coup de palme soulève le sable et peut arracher des rhizomes. Prenez le temps de regarder entre les feuilles : syngnathes, petits poissons et invertébrés s’y camouflent.

Pour la photo, descendez en apnée au ras des feuilles, objectif vers la surface, pour faire jouer la lumière à travers les rubans. Une tortue verte en train de brouter est la plus belle scène possible : gardez vos distances et ne lui coupez jamais la route vers la surface.

Sources