Fiche n° 1298 · Flore · Algues & plantes

Sargasse

Sargassum natans

Amérique Caraïbes Guadeloupe La Désirade Marie-Galante

Référence : https://silencejeplonge.fr/faune-flore/fiche/guadeloupe-flore-sargasse/

Sargasse (Sargassum natans)
Photo : James St. John — CC BY 2.0 — source

Clé d'identification

  • Algue brune flottante, jaune doré à brun chocolat, qui ne se fixe jamais au fond.
  • Touffes ramifiées portant des lames allongées, en forme de petites feuilles.
  • Nombreux petits flotteurs sphériques remplis de gaz, comme des baies.
  • Tige lisse, sans épines : c'est ce qui la distingue de Sargassum fluitans, dont la tige porte des épines.
  • Forme des radeaux et des nappes de surface qui peuvent couvrir de très grandes surfaces.

Noms

Nom usuel
Sargasse
Nom scientifique
Sargassum natans
Autres noms
Sargasse pélagique
Synonymes
Fucus natans · Fucus baccifer · Sargassum bacciferum · Baccalaria natans

Distribution géographique

Atlantique nord tropical et subtropical, mer des Sargasses, golfe du Mexique et Caraïbes. Depuis 2011, une ceinture de sargasses pélagiques se forme chaque année ou presque entre l'Afrique de l'Ouest et le golfe du Mexique ; 2011 a été la première année d'échouements massifs aux Antilles, dont la Guadeloupe.

Zones : Caraïbes · Guadeloupe · La Désirade · Marie-Galante — Amérique

Biotope

Surface de la haute mer, en radeaux dérivant au gré des courants ; s'accumule dans les baies et sur les plages exposées lors des échouements.

Profondeur : 0 – 1 m

Repères pour le plongeur

En pleine mer, un radeau de sargasses vivantes abrite petits poissons et toute une faune associée, et vaut un coup d'œil en palmes-masque-tuba depuis le bateau. Échouées, elles pourrissent et dégagent de l'hydrogène sulfuré : on évite alors la baignade et on s'éloigne des amas.

Meilleure saison : Toute l'année

Biologie

Alimentation

Autotrophe : photosynthèse en surface. La croissance des radeaux dépend des nutriments apportés notamment par l'Amazone et les remontées d'eau au large de l'Afrique de l'Ouest, une hypothèse encore jugée préliminaire par ses auteurs.

Reproduction

Végétative : les touffes grandissent et se fragmentent en surface ; les deux sargasses pélagiques vivent et se multiplient en dérivant, sans se fixer au fond.

Conservation

Non évalué (UICN)

Non évaluée par l'UICN (NE, selon GBIF). Les échouements massifs sont un problème sanitaire : en se décomposant, les algues dégagent de l'hydrogène sulfuré (odeur d'œuf pourri) et de l'ammoniac. Le HCSP a fixé des seuils d'action : au-delà de 1 ppm d'H2S, toute la population doit s'éloigner des zones touchées ; au-delà de 5 ppm, l'accès est fortement déconseillé.

Espèces ressemblantes

  • Sargassum fluitans : l'autre sargasse pélagique des Antilles, qui dérive avec elle ; sa tige porte des épines, ses flotteurs n'ont ni pointe ni crochet et ses lames sont plus petites que celles de la forme VIII de S. natans.
  • Sargasses fixées des Caraïbes (Sargassum polyceratium, S. platycarpum…) : accrochées au fond par un crampon, elles ne flottent pas en radeaux.

Classification

Règne
Végétal / algue
Groupe
Algues & plantes

Identification

La sargasse est une algue brune de la famille des Sargassacées, qui vit toute sa vie à la surface de la mer. Elle forme des touffes ramifiées jaune doré à brun chocolat, garnies de lames allongées et de nombreux petits flotteurs sphériques remplis de gaz. Ce sont eux qui la maintiennent en surface.

Deux espèces dérivent ensemble aux Antilles : Sargassum natans et S. fluitans. Selon Schell et al. (2015), le critère le plus sûr est la tige. Chez S. natans, elle est lisse ; chez S. fluitans, elle porte des épines. DORIS décrit les flotteurs de S. fluitans comme sphériques, sans pointe ni crochet. Attention : les colonies d’hydraires qui poussent sur les sargasses peuvent passer pour des épines.

Chaque espèce compte plusieurs formes. Lors des échouements de 2014-2015, la forme dominante dans les Caraïbes était une forme auparavant rare, S. natans VIII, à lames larges et à flotteurs rarement épineux.

Où et quand l’observer en Guadeloupe

Les deux sargasses pélagiques circulent depuis toujours entre le golfe du Mexique, la mer des Sargasses et les Caraïbes, mais en touffes éparses. La situation a changé en 2011. Selon la Direction générale de la santé, 2011 a été la première année d’échouements massifs aux Antilles ; 2012 et 2013 ont été calmes, puis les arrivages ont repris en 2014 et 2015, avec une recrudescence depuis mi-2017.

Ces algues viennent d’une nouvelle zone d’accumulation dans l’Atlantique tropical, entre le Brésil et le golfe de Guinée. Les images satellites montrent depuis 2011 une « grande ceinture atlantique de sargasses » qui s’étire de l’Afrique de l’Ouest au golfe du Mexique. En juin 2018, elle mesurait 8 850 km et contenait plus de 20 millions de tonnes d’algues (Wang et al., 2019).

En Guadeloupe, la DGS cite en 2018 des capteurs installés dans des habitations de Petit-Bourg, Goyave et Sainte-Anne. En avril 2023, Gwad’air relevait plus de 1 ppm d’H2S en moyenne sur 24 h à Capesterre-de-Marie-Galante. En mai 2026, la préfecture et l’ARS signalaient le seuil d’alerte atteint ponctuellement à Beauséjour (La Désirade) et le seuil de pré-alerte au lagon de Saint-François, à Petit-Bourg et à Terre-de-Bas. Les arrivages varient beaucoup d’une année à l’autre.

Biologie et comportement

La sargasse pélagique se multiplie en dérivant, par croissance et fragmentation de ses touffes. Un radeau vivant est un habitat à part entière : Schell et al. citent des poissons, des tortues et des oiseaux de mer parmi les animaux qui s’en nourrissent ou s’y abritent. Schell et al. notent toutefois que la forme VIII, dominante depuis 2014, semble héberger moins d’espèces que les formes habituelles.

Échouée, l’algue se décompose vite et dégage de l’hydrogène sulfuré (H2S), reconnaissable à son odeur d’œuf pourri dès 0,02 ppm, ainsi que de l’ammoniac.

Statut et protection

L’espèce n’est pas évaluée par l’UICN (NE). Le sujet est ici sanitaire. Le Haut Conseil de la santé publique (avis de 2018) recommande : entre 0,07 et 1 ppm d’H2S, ramassage sous 48 h et éloignement des personnes vulnérables ; entre 1 et 5 ppm, éloignement de toute la population ; au-delà de 5 ppm, accès fortement déconseillé. La DGS conseille aussi d’éviter la baignade et le contact avec les nappes flottantes. Les mesures sont publiées par l’ARS de Guadeloupe.

Bien l’observer et la photographier

Au large, un radeau vivant se découvre en palmes-masque-tuba depuis le bateau, si le capitaine le permet. Restez en surface, ne prélevez rien et laissez les animaux dans leur abri. Regardez par-dessous : c’est là que se cachent les petits poissons.

Près des côtes, renoncez à vous mettre à l’eau au milieu des nappes ou des amas en décomposition, et éloignez-vous si l’odeur d’œuf pourri est nette. Pour la photo, un plan en demi-surface ou en contre-plongée montre les flotteurs en contre-jour.

Sources