Fiche n° 1158 · Faune · Tortues & mammifères
Tortue imbriquée
Eretmochelys imbricata
Référence : https://silencejeplonge.fr/faune-flore/fiche/mayotte-faune-tortue-imbriquee/
Clé d'identification
- Bec pointu, tête étroite ; deux paires d'écailles préfrontales qui dessinent une ligne claire reliant directement les deux yeux.
- Quatre paires de plaques costales sur la dossière.
- Écailles épaisses qui se recouvrent comme des ardoises, à motifs en flammes jaunes et brun sombre.
- Arrière de la carapace dentelé en dents de scie, surtout chez les jeunes : seule tortue marine à présenter ce caractère.
- Deux griffes à chaque nageoire antérieure ; silhouette plus élancée que celle de la tortue verte.
- Mâle reconnaissable à partir d'environ 60 cm de carapace à sa queue nettement plus longue et plus large.
Noms
- Nom usuel
- Tortue imbriquée
- Nom scientifique
- Eretmochelys imbricata
- Autres noms
- Tortue à écailles · Tortue à bec de faucon · Tortue caret · Caret · Hawksbill
- Synonymes
- Testudo imbricata · Chelonia radiata · Eretmochelys squamosa
Distribution géographique
Circumtropicale (océans Atlantique, Indien et Pacifique, rare en Méditerranée). À Mayotte, présente dans les eaux du parc naturel marin : juvéniles sur la vasière des Badamiers (Petite-Terre) et femelles suivies sur la plage de Titi Moya.
Zones : Lagon — Océan Indien
Biotope
Après une phase juvénile en pleine mer (0 à 2 ans), l'adulte vit près des côtes, surtout sur les récifs coralliens, les baies et les criques peu profondes ; observée aussi en pleine eau lors de ses migrations.
Profondeur : 0 – 100 m
Repères pour le plongeur
Moins abondante que la tortue verte à Mayotte, la tortue imbriquée se reconnaît à son bec pointu et à ses écailles qui se chevauchent. Espèce en danger critique et protégée : ni contact, ni poursuite.
Meilleure saison : Toute l'année
Biologie
Alimentation
Surtout des éponges chez l'adulte ; aussi méduses, coraux mous (sarcophytons), échinodermes, mollusques, crustacés et parfois petits poissons. Jeunes plutôt omnivores.
Reproduction
Maturité entre 20 et 30 ans ; reproduction tous les 2 à 3 ans. Ponte nocturne en haut de plage, souvent sous la végétation : 50 à 200 œufs (150 en moyenne), 4 à 5 pontes par saison espacées de 14 à 15 jours ; incubation de 60 à 80 jours, sexe fixé par la température du sable.
Conservation
En danger critique (UICN)
En danger critique d'extinction (CR, critères A2bd) sur la Liste rouge mondiale de l'UICN, évaluation de 2008. Annexe I de la CITES. Protégée en France par l'arrêté ministériel du 14 octobre 2005 ; à Mayotte, le braconnage reste la principale menace pour les tortues marines.
Espèces ressemblantes
- Tortue verte (Chelonia mydas) : une seule paire d'écailles préfrontales, sans ligne claire entre les yeux ; museau court et arrondi, carapace plus bombée et plus large, écailles posées bord à bord.
- Tortue caouanne (Caretta caretta) : cinq paires de plaques costales au lieu de quatre.
Classification
- Règne
- Animal
- Groupe
- Tortues & mammifères
Identification
La tortue imbriquée est une tortue marine de taille moyenne : sa carapace mesure environ 80 cm pour 70 kg, et les plus grands individus atteignent 100 cm et 130 kg selon DORIS. Sa silhouette est plus élancée que celle de la tortue verte, et sa tête étroite se termine par un bec pointu, qui lui vaut le surnom de tortue à bec de faucon.
Son nom vient de la dossière. Les écailles, épaisses, se recouvrent comme les ardoises d’un toit, avec des motifs en flammes jaunes et brun sombre. Ce chevauchement s’atténue avec l’âge sans jamais disparaître tout à fait. L’arrière de la carapace est dentelé en dents de scie, surtout chez les jeunes : aucune autre tortue marine ne présente ce caractère. On compte quatre paires de plaques costales et deux griffes à chaque nageoire antérieure.
Le critère le plus sûr se lit sur la tête. Deux paires d’écailles préfrontales y dessinent une ligne claire qui relie directement les deux yeux. La tortue verte, très présente dans le lagon de Mayotte, n’a qu’une paire de préfrontales et pas de ligne entre les yeux ; son museau est court et arrondi, sa carapace plus bombée. La caouanne, elle, porte cinq paires de costales. Chez l’imbriquée, le mâle ne se distingue qu’à partir de 60 cm de carapace environ, par une queue nettement plus longue et plus large.
Où et quand l’observer à Mayotte
Cinq des sept espèces de tortues marines du monde fréquentent les eaux de Mayotte. La tortue verte y est de loin la plus abondante ; l’imbriquée y est présente, sans que le parc naturel marin publie d’effectif chiffré. En 2021, trois jeunes tortues imbriquées ont été équipées de balises sur la vasière des Badamiers, en Petite-Terre, en même temps que trois tortues vertes. Depuis 2015, le suivi des femelles pondeuses sur la plage de Titi Moya distingue aussi la part de chacune des deux espèces.
En plongée, cherchez-la sur les récifs coralliens, où l’adulte s’installe après une phase de pleine mer qui couvre ses deux premières années. Elle reste souvent à faible profondeur, mais peut descendre vers 100 m d’après DORIS. Aucune saison d’observation propre à Mayotte n’est documentée : elle peut être croisée toute l’année.
Biologie et comportement
L’adulte se nourrit surtout d’éponges, qu’il prélève sur le récif avec son bec étroit. Il consomme aussi des méduses, des coraux mous comme les sarcophytons, des échinodermes, des mollusques et des crustacés. Les jeunes sont plutôt omnivores et se spécialisent en se rapprochant des côtes.
La maturité arrive entre 20 et 30 ans. Tous les deux ou trois ans, la femelle revient pondre sur sa plage de naissance. Elle monte de nuit, creuse un nid d’environ 60 cm, de préférence sous la végétation du haut de plage, et y dépose 50 à 200 œufs. Elle répète l’opération quatre ou cinq fois par saison, à 14 ou 15 jours d’intervalle. L’incubation dure 60 à 80 jours, et la température du sable fixe le sexe des petits.
Un adulte peut rester jusqu’à 73 minutes en apnée. C’est la tortue que les plongeurs croisent le plus souvent sur les récifs, parfois accompagnée de rémoras.
Statut et protection
L’UICN classe la tortue imbriquée « En danger critique d’extinction » (CR, critères A2bd), selon une évaluation datée de 2008. Elle figure à l’annexe I de la CITES, qui interdit le commerce international de l’écaille. En France, l’arrêté ministériel du 14 octobre 2005 protège les six espèces de tortues marines, dont l’imbriquée : capture, perturbation intentionnelle, destruction des œufs et des nids et dégradation de leur milieu sont interdites. À Mayotte, le braconnage est désigné comme la principale menace pour les tortues, et un plan national d’actions couvre l’île depuis 2015.
Bien l’observer et la photographier
Une imbriquée qui fouille le récif à la recherche d’éponges reste souvent concentrée sur son repas. Approchez-la lentement, de côté, et restez à distance : si elle relève la tête et s’éloigne, laissez-la partir. Ne la touchez pas, ne la poursuivez pas et ne la coincez jamais contre le tombant.
Pour une image qui permette l’identification, cadrez la tête de profil ou de trois quarts face : le bec pointu et la ligne claire entre les yeux s’y lisent mieux que sur la carapace. Une prise de dos montre bien le chevauchement des écailles et le bord dentelé. Sur les plages de ponte, la nuit, ni lampe ni flash près des femelles.
Sources
- DORIS (FFESSM) : Eretmochelys imbricata, tortue imbriquée
- WoRMS : Eretmochelys imbricata (Linnaeus, 1766)
- SeaLifeBase : Eretmochelys imbricata, Hawksbill turtle
- GBIF : Eretmochelys imbricata
- Ifremer : Parc naturel marin de Mayotte, suivi des tortues
- Arrêté du 14 octobre 2005 (AIDA, INERIS)
- Assemblée nationale : question écrite n° 13551 (réponse du 11 juin 2019)