Philippines — Faune et Macro : le Cœur du Triangle de Corail

Muck diving, hippocampes pygmées, requins-renards, sardines et requins-baleines : ce qu'on observe aux Philippines, où le voir, et pourquoi éviter le nourrissage des requins-baleines d'Oslob.

Article Asie

Publié le 18 octobre 2026 · 7 min de lecture

Sommaire8 parties · 7 min de lecture

Aux Philippines, une plongée réussie se mesure souvent en centimètres. Un hippocampe pygmée sur une gorgone, une crevette transparente sur une anémone, un poulpe qui imite un poisson-plat. Puis, le lendemain, un requin-renard passe à quelques mètres dans la lumière de l’aube. Cet article présente la faune marquante de l’archipel, les techniques pour l’observer sans la déranger, et la question éthique qui divise le pays : le nourrissage des requins-baleines.

Pour la carte des régions, voir l’article 2 de la série.

1. Le muck diving, ou l’art de regarder le sable

Le muck diving consiste à plonger sur des fonds de sable, de vase ou de débris, souvent volcaniques. Au premier regard, il n’y a rien. Puis le guide pointe une forme : c’est un animal camouflé. Les deux grandes zones de muck aux Philippines sont Dauin (Negros) et Anilao (Batangas).

Ce qu’on y cherche :

  • le poulpe mimétique, capable d’imiter la forme et la nage d’autres animaux ;
  • la seiche flamboyante, petite, colorée, qui « marche » sur le fond ;
  • la crevette-mante paon, reconnaissable à ses couleurs vives ;
  • les poissons-grenouilles, les poissons-pipes fantômes et des dizaines de nudibranches.

Le rythme est lent : on avance de quelques dizaines de mètres en une heure. La clé, c’est la flottabilité. Un coup de palme près du fond soulève un nuage qui gâche la visibilité pour tout le groupe et peut écraser un animal. Si vous débutez, demandez une plongée de réglage du lest avant les sites de muck.

2. La macro sur récif

Le récif cache aussi ses trésors.

  • Hippocampe pygmée : il vit sur les gorgones et mesure souvent moins de 2 cm. Sans un guide qui connaît la gorgone, vous ne le verrez pas.
  • Poisson-mandarin : très coloré et très timide. Il sort au crépuscule pour la parade nuptiale, dans les débris de corail. Plongée de fin de journée, lampe orientée vers le bas.
  • Nudibranches : les Philippines en comptent un nombre considérable. C’est l’animal idéal pour débuter en photo, car il bouge peu.

3. Les grands animaux

Requin-renard pélagique (Malapascua)

Le requin-renard pélagique se reconnaît à sa queue en faux, presque aussi longue que son corps, et à ses grands yeux. À Monad Shoal, il remonte à l’aube vers des stations de nettoyage où de petits poissons le débarrassent de ses parasites. Les plongeurs restent immobiles derrière une ligne, sans flash. L’animal est sensible à la lumière vive et classé menacé.

Sardines (Moalboal)

Le banc de sardinelles de Panagsama est un spectacle de mouvement : il se contracte, s’ouvre, change de forme quand une carangue attaque. Restez sur le côté du banc. Le traverser le disperse et prive les autres plongeurs du spectacle.

Tortues (Apo Island, Moalboal)

La tortue verte broute les herbiers et les algues. À Apo Island, elle est si habituée aux plongeurs qu’on peut l’approcher de près. Ce n’est pas une raison pour la toucher ou lui barrer la route vers la surface : elle doit respirer.

Dugong (Coron, Busuanga)

Le dugong, cousin des lamantins, se nourrit dans les herbiers à Enhalus. L’observation se fait en petit groupe, en général avec masque et tuba, en gardant ses distances.

Raie manta océanique et napoléon

La raie manta océanique se croise parfois au large de Donsol ou à Tubbataha. Le napoléon, énorme labre à bosse frontale, fréquente les tombants préservés comme ceux de Tubbataha.

4. Requins-baleines : Oslob ou Donsol ?

C’est la question éthique numéro un aux Philippines. Les deux lieux proposent une rencontre avec le requin-baleine, le plus grand poisson du monde. La méthode n’a rien à voir.

Oslob : un nourrissage quotidien

À Oslob, au sud de Cebu, des pêcheurs nourrissent chaque matin les requins-baleines avec de petites crevettes pour les maintenir près du rivage. Les touristes nagent ou plongent à côté.

Les chercheurs du LAMAVE (Large Marine Vertebrates Research Institute Philippines) suivent ce site depuis 2012. Leurs résultats, publiés dans des revues scientifiques, sont clairs :

  • Une première étude (Araujo et al., 2014, PeerJ) a identifié 158 requins-baleines entre mars 2012 et décembre 2013. Les individus nourris restaient en moyenne environ deux fois plus longtemps sur le site que les autres : environ 45 jours contre 22. La presse locale qui a rendu compte de l’étude citait près de la moitié des animaux porteurs de cicatrices d’hélices. (lire l’étude)
  • Une seconde étude (Thomson et al., 2017, Royal Society Open Science) a suivi 208 individus sur trois ans. Neuf sont devenus résidents toute l’année, ce que les auteurs décrivent comme une réponse claire au nourrissage. Plus de temps passé à Oslob signifie moins de temps à chercher sa nourriture naturellement, avec un risque de dépendance. Les auteurs relèvent aussi qu’en 2014, le code de conduite des opérateurs n’était pas respecté dans 97 % des cas observés. Ils recommandent d’appliquer le principe de précaution. (lire l’étude)

Le débat reste vif sur place. En mai 2026, le quotidien SunStar rapportait que l’absence des requins pendant quatre jours avait suspendu l’activité touristique, et que des scientifiques s’inquiétaient d’animaux habitués à associer les bateaux à la nourriture (article SunStar).

Notre position : nous ne recommandons pas Oslob. Le nourrissage modifie le comportement d’une espèce menacée, et la promiscuité avec les bateaux expose les animaux aux blessures.

Donsol : la rencontre naturelle

À Donsol (Sorsogon), les requins-baleines viennent d’eux-mêmes se nourrir de plancton, surtout de novembre à mai environ. L’observation se fait en masque et tuba, encadrée par un officier d’interaction à bord de chaque bateau. Le nourrissage et le contact sont interdits, le nombre de nageurs par animal est limité et le flash est proscrit. La rencontre n’est pas garantie. Quand elle a lieu, l’animal est libre de partir quand il veut.

C’est l’option que nous conseillons. Le détail pratique est dans l’article 2.

5. Règles de photo et de flash

La macro philippine attire beaucoup de photographes. Quelques règles simples protègent les animaux.

SituationBonne pratique
Hippocampe pygméePeu de photos, sans insister. Pas de lampe de visée puissante en continu. Ne jamais déplacer la gorgone
Poisson-mandarinLumière rouge ou tamisée, lampe orientée vers le fond, pas de poursuite dans les débris
Requin-renardAucun flash. Rester derrière la ligne fixée par le guide
Requin-baleine (Donsol)Aucun flash, distance respectée, pas de poursuite à la palme
Nudibranche, crevetteNe pas déplacer l’animal pour « une meilleure photo »
Sur le sableNe pas s’appuyer avec la main. Un doigt pointé (« pointer stick ») sur le sable nu, jamais sur un être vivant

Un bon guide limite le temps par sujet quand plusieurs photographes attendent. C’est aussi une protection pour l’animal.

6. Ne pas toucher : une règle de sécurité aussi

Ne rien toucher protège la faune, mais aussi vous. Plusieurs espèces des Philippines sont dangereuses au contact :

  • le poisson-pierre, parfaitement camouflé, dont les épines dorsales injectent un venin très douloureux ;
  • le corail de feu, qui provoque des brûlures cutanées ;
  • le poulpe à anneaux bleus, petit et venimeux, parfois croisé en muck diving.

L’article 4 revient sur les réflexes en cas de piqûre.

7. Où voir quoi : le tableau

EspèceLieu de référenceType de plongée
Poulpe mimétique, seiche flamboyanteDauin, AnilaoMuck, du bord
Hippocampe pygméeAnilao, Puerto GaleraRécif, gorgones
Poisson-mandarinMalapascua, Anilao, Puerto GaleraCrépuscule
Requin-renard pélagiqueMonad Shoal (Malapascua)Aube, 25-30 m environ
SardinellesMoalboalDu bord, peu profond
Tortue verteApo Island, MoalboalRécif
Requin-baleineDonsolMasque et tuba
DugongBusuanga (Coron)Masque et tuba, herbier
Napoléon, requins de récifTubbatahaCroisière, dérive

Conclusion

La faune des Philippines récompense la patience. Ralentissez, soignez votre flottabilité et laissez le guide chercher pour vous. Pour les grands animaux, choisissez les rencontres où l’animal reste libre : Monad Shoal à l’aube, Donsol en tuba, Apo Island en réserve. Vous verrez moins de « garanties » et plus de vraie vie sauvage.

Catalogue complet : Faune & flore des Philippines · Méthode d’identification : Catalogue faune et flore · Fiche : Destination Philippines.